‹ Histoire du modernisme catholiqueChapitre 68 sur 82 · J. TURMEL · texte numérisé non relu

J. TURMEL

prêtre.

Le dernier écrit de M. Turmel est un article de rectifications, inséré par ministère d'huissier, dans les Etudes du 5 février 1909. On assure que, depuis, il a envoyé par ministère d'huissier une autre réponse à d'autres attaques de la même revue, mais cette réponse n'a pas été publiée.

Les principaux ouvrages de M. Turmel ont été mis à l'index par divers décrets.

Le 12 janvier 1911, il écrivait à son archevêque, à propos de la récente proscription de son Histoire de la théologie posi-

(1) Cette lettre, sauf la phrase finale, fut rédigée par l'archevêque de Rennes lui-même.

JOSEPH TURMEL 'lOl

tive du concile de Trente au concile du Vatican, le dernier de ses grands ouvrages qui n'eût pas été condamné ;

« Inaltérablement attaché à la Sainte Eglise ma mère, sachant qu'elle a reçu les paroles de la vie éternelle et qu'elle est toujours éclairée par les lumières du Saint-Esprit, j'adhère de toute mon âme à sa décision infaillible, heureux si, par ma soumission absolue, je puis la consoler au milieu des épreuves (|ui l'affligent en ce moment. »

Un décret de l'index du 8 mai 1911 déclare que M. Turmel (ainsi que Mgr Batifîol) s'est « louablement « soumis à sa condamnation.

M. Turmel a prêté le serment antimoderniste.

Dans l'encyclique Pascendi, Pie X acheva le portrait des modernistes réformateurs par ce trait : « Il en est enfin qui. faisant écho à leurs maîtres protestants, désirent la suppression du célibat ecclésiastique ».

M. Loisy répondit à ce passage :

« Il doit être permis de regretter que les rédacteurs pontificaux, en cet endroit comme partout ailleurs n'aient pas donné de références. Ce procédé ne ménage aucunement les personnes des modernistes, comme certains ne manqueront pas de le prétendre, mais il sert à les diiïamer tous, en leur attribuant ou en permettant de leur attribuer des opinions et des actes qui ne sont peutêtre pas imputables à la plupart ou même à aucun d'entre eux. Quant à moi, je n'ai jamais dit un mot sur cette question du célibat, non que je ne la croie pas solidaire des autres, mais parce que, tenant au système général de gouvernement et d'action ecclésiastiques, elle ne pourra être utilement disculée et résolue qu'après les autres (1) ».

Lorsque M. Loisy émettait cette réflexion, on ignorait en France que la question du célibat ecclésiastique fût disculée à l'étranger, — nouvelle preuve non seulement de l'inexistence de toute fédération internationale entre les prétendus

(!) Simples réflexions, 1" édit., p. 241 ; 2° édit., p. 254.

modernistes catholiques, mais encore de l'incomplète information des Français au sujet des alFaires religieuses.

La question avait été posée, en 1902, par un prêtre bavarois, le D'' Otto Sickenberger, alors professeur de philosophie au lycée royal de Passau.

En 1901, M. Sickenberger avait déclaré à son évêque qu'il éprouvait le besoin de se marier, qu'en recevant les ordres, il n'avait que très insufïisamment connu la portée de l'obligation du célibat, et qu'il le priait en conséquence de lui obtenir de Rome la dispense de !'« impedimentum ordinis », Le prélat refusa la commission. M. Sickenberger se rendit alors auprès du Saint-Siège pour solliciter en personne la faveur désirée. On ne le reçut partout qu'avec »< de moqueurs haussements d'épaules (1) ». Il résolut alors de consacrer sa vie à la réforme ecclésiastique et donna sa démission de professeur.

En 1902, il publia sur ce sujet une brochure intitulée La raison pratique dans la vie de l'Eglise (2). Il y dénonçait beaucoup d'abus et de pratiques regrettables. Pour déconsidérer cet écrit, sans avoir à le discuter, la presse cléricale déclara qu'il émanait d'un prêtre qui voulait se marier. L'auteur, qui n'avait jamais fait mystère de sa démarche à Rome, la raconta alors dans un journal (3).

En 1903, il publia sur la réforme ecclésiastique une seconde brochure (4), dans laquelle il attaquait expressément le célibat obligatoire. Plus tard, il revint sur la question dans deux brochures (5) où il critiqua les diiférentes éditions du

(1) Siiddeutsche Monatshefle, février 1909 ; article reproduit dans Autour d'un Prêtre marié, p. 91.

(2) l>ie praktische Vernunft im kathollschen Lelien und Wirhen.

(3) Augsburger Abendzeitnng, octobre 1902.

(4) Extremer Antiprolesfantismus im katholisclien Leben und Denkcn.

(5) 1° Falsche Reform ? 2° Veritas et Jusiitia ?

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discours prononcé par l'évêque de Rottenburg-, Mgr von Keppler sur « la vraie et la fausse Réforme (1) ».

Dans cette lutte, M. Sickenberger ne fut guère soutenu que par le D"" Jos. Mueller (2). Scheil et Klasen le désapprouvèrent. La plupart des autres réformateurs allemands gardèrent le silence.

Pendant que INI. Sickenberger menait sa campagne, un prélat autrichien, Mgr Scheicher, député au parlement de son pays, faisait débattre la question du célibat dans une revue dont il était l'éditeur (31.

En Bohème, de nombreux ecclésiastiques tranchaient le débat en se mariant publiquement ou secrètement.

Entin un prêtre italien, don Domenico Battaini, commençait le débat pour le pays qui parle la langue du Dante et de Carducci (4).

Pie X était donc fondé à écrire que des modernistes réformateurs désiraient « la suppression du célibat ecclésiastique », néanmoins il se serait montré plus exact en ajoutant « du célibat obligatoire et perpétuel », car MM. Sickenberger, Battaini et autres n'avaient jamais prétendu ériger en règle le mariage.

Après l'encyclique la question continua à être disculée. De gros scandales la posèrent en Italie, et des ecclésiastiques

(1) Cf. ci-dessus, p. 72.

(2) En 1904, M. Mueller écrivit d'importants articles dans sa revue Renaissance : « Célibat et sacerdoce » (206 seq.) ; « sur le thème du célibat ecclésiastique » (G69 seq.). Il traita la question avec plus de détails dans son élude Sexuelles Leben der chiisllichen Kullurvœl/ier (Leipzig, 1904, Grieben). Depuis l'encyclique Pascendi, M. Mueller, qui se pique d'orthodoxie et qui ne voudrait pas être pris pour un moderniste « réformiste », n'est jamais revenu sur le sujet.

(3) Korrespondenzblalt fur den œslerreichischen Kle?-us.

(4) Articles de M. Battaini dans // Dovere (Bellinzona), numéros des 1, 3, 12 aoiU 1906, et 23, 27, 29 août 1907.

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qui n'avaient jamais j^assé pour modernistes, qui étaient même réputés des piliers d'orthodoxie la résolurent pour leur compte, en prenant femme civilement. Dans le seul mois d'octobre 1909, on annonça deux mariages : celui de Mgr Giobbio, sous-secrétaire de la Congrégation des lîéguliei'S, professeur de droit canonique à l'Apollinaii'e, professeur de diplomatie à l'Académie des Nobles Ecclésiastiques, et celui du capucin Benno Auracher, qui fut provincial à Munich et définiteur général à Rome. L'exemple de cet éminent religieux fut bientôt suivi par un certain nombre de ses confrères.

A Naples, un avocat, M. Avolio, qui a fait beaucoup pour la moralité publique, non seulement dans sa ville, mais encore dans tout le sud du royaume, ouvrit, sur le célibat sacerdotal, dans sa revue Batailles d'aiijnurd'Inii un référendum qui suscita un grand nombre de réponses fort curieuses et qui dura deux ans. La longueur de ce débat s'explique par le fait que dans cette région la discipline actuelle par ses conséquences pratiques, est plus qu'une question de classe ou d'église, c'est une question de moralité publique, une vraie question sociale.

Le mariage du Père Auracher et de ses compagnons (il sensation en Allemagne. Un curé profita de l'occasion pour lancer, sous le pseudonyme de Siegfrid Ilagen, un réquisitoire contre le célibat forcé (1), M. Sickenberger, se déterminant enfin à exécuter sa résolution, pria l'archevêque de Munich de lui procurer de Rome une dispense nécessaire à cet effet. L'archevêque lui ré()ondit en lui rappelant les censures et les anathèmes de l'Eglise. M. Sickenberger répliqua par une lettre dans laquelle il réclamait « pour les prêtres la liberté des enfants de Dieu (2) », et il prit femme le 26 juillet 1910. L'archevêque le déclara excommunié.

(1) Zwangszôlibat oder Prieslerehe (Wurzbourg, Memminger, 1910).

(2) l)en Prieslern die Frciheit der Kinder Golfes ! brochure, 16 p. in-8°.

Ces incidents suscitèrent des polémiques. L'évêque Keppler se vit adresser, par un curé, qui signait Otto Schwab, trois lettres publiques sur « la calamité du célibat sacerdotal (1) ». Les parents des séminaristes, grands et petits, reçurent des feuilles volantes qui appelaient leur attention sur la gravité des engagements que leurs enfants se préparaient à contracter. L'évêque Keppler publia une lettre "pastorale pour la défense de la discipline. M. Sickenberger lui répliqua dans une brochure de forme populaire (2). L'évêque de Spire, Mgr Faulhaber, fit un discours sur le sujet au Congrès des catholiques de Mayence en 191 L

Pendant que ces polémiques se livraient en Allemagne, M. Battaini traduisait en italien la monumentale histoire du célibat ecclésiastique de l'érudit Ilenr^'-Charles Lea (3).

Un peu plus tord, les deux principaux chefs du mouvement réformiste en Italie, M. Minocchi et M. Murri, se mariaient et informaient le public de leur acte en émettant des déclarations qui présentent un certain intérêt historique et psychologique.

M. Minocchi a donné, entre autres explications, les raisons suivantes de sa résolution et de son choix :

« ... je puis dire aujourd'hui que depuis que je suis dans le clergé, j'ai toujours cherché à faire mon devoir et je n'aurais jamais reculé devant un sacrifice utile ou nécessaire à l'accomplissement de ma modeste mission de réforme dans l'Eglise catliolique, à laquelle je m'étais voué avec beaucoup de mes compagnons. Mais après les vicissitudes extérieures que j'ai dû allVonter, après la profonde crise de conscience qu'elles ont

(1) Das Elend des Priesterzôlibats.

(2) l)er ZoUbalszivang nnd Bischof Keppler (mars 1911).

(3) Lea, lllstonj of sacerdotal Celibacy, New-York, Macmillan et C°, 2 grands volumes in-8°, 1907. — Sloria del i]eUbalo Ecclesiaslico. Casa éditrice CuUura Moderna in Mendrisio (Suisse). 2 grands in-8% 1911.

produite dans mon esprit, j"ai ocrjuis, depuis quelque temps, la conviclion que mon sacrifice était inutile et en cuire, pour ma vie pratique, dangereux. Orpiielin, j'ai pu supporter une constante solitude et un très vif désir de l'amour familial qui n'a jamais été satisfait : j'étais alors en bonne santé et soutenu par un idéal élevé. Cet état me paraît intolérable maintenant que ma santé est ébranlée... C'est pourquoi j'ai senti la nécessité de me soustraire à des soins étrangers et de confier ma vie à l'affection pressante d'une épouse...

« ... C'est une femme de condition modeste, une simple domestique qui sait lire et écrire; cela suflit... Comme elle est beaucoup plus jeune que moi, j'ai dû laisser à ses parents le soin et la responsabilité d'apprécier la réalité et le bien fondé de son affection pour moi. D'ailleurs moi aussi je suis né pauvre et j'ai toujours vécu modestement. J'ai donc épousé, en fait, une femme de mon rang... En somme, tout bien considéré, il me semble qu'une femme instruite ne m'était pas nécessaire. Elle ne m'aurait rien appris et aurait pu me contredire... Certes, je n'aurais rien craint davantage qu'un coniraste d'idées avec ma femme : c'est pourquoi je préfère qu'elle n'ait pas d'idées...

« Pour dire toute ma pensée, je ne crois pas que riioinme résolve par un acte de volonté les questions très importantes, comme celle du mariage. Dans ces choses là, comme le donne à entendre un proverbe populaire, c'est le destin qui décide. Depuis ma jeunesse, je suis un humble adorateur du destin... dans ma jeunesse, quand avec un âpre regret, je disais adieu à l'amour, je pris pour devise l'épigraphe de l'une des Orientales de Victor Hugo, data fata secutus. Les vicissitudes de ma vie, je les ai supportées comme un destin invincible, comme le fruit du mystère, de ce mystère dans lequel je vois l'ultime raison d'être de toutes choses, et que j'ai toujours joyeusement accepté en esprit de résignation spinozienne. Maintenant que réapparaît sur mon horizon obscur le soleil qu'un jour je crus disparu pour jamais, j'ai suivi docilement mon destin : il s'est révélé sous la figure d'une bonne fillette qui m'a dit, dans l'ingénuité de ses vingt ans, la parole de l'amour. Alors j'ai senti que la longue habitude de la pensée avait desséché et presque détruit les sources profondes de ma vie affective et volontiers je me suis laissé attirer vers les souriantes visions de la jeunesse rêveuse, que j'avais

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pleurées autrefois comme perdues pour toujours. Je le crois : la vie profonde est un mystère qui agit en nous, sans nous (1)... ».

Si M. Minocchi, avant son mariage, ne s'était jamais prononcé sur la campagne anticélibataire, M. Murri s'était déclaré résolument partisan de la discipline romaine. En 1909, dans un article écrit à propos de l'enquête instituée par INI. Avolio, il formula ainsi son opinion :

« Les prêtres qui désirent aujourd'hui l'abolition du célibat ecclésiastique confessent honnêtement qu'ils sont beaucoup en deçà de l'idéal surnaturel, et si, iionnêtement aussi, ils se retirent en déclarant qu'ils se sont trompés et rentrent dans la vie commune, celle sincérité les rendra beaucoup plus dignes de notre respect que ne le sont les professionnels ordinaires du clergé. Cela il faut le dire clairement et hautement (2) ».

Une femme très distinguée (3) modifia, au mois d'octobre 1911, les idées de M. Murri et dans une lettre (4) où il annonça ses fiançailles avec elle, il s'exprima dans les termes suivants :

0... Jusque dans ces derniers mois nous avons toujours démenti les bruits de notre mariage, sincèrement. Pour ma part,

(1) Ciornale d'ilalio, 27 juillet 1911.

(2) Rivista di CiiUiira, octobre 1909 : BatlagUe d'Oggi, 1.j nov. 1909 ; les principau.x passages de cet article sont reproduits dans Autour d'un Prêtre marié, ch. XII, « Les Modernistes et le Célibat ecclésiastique ».

(3) M"" Ragnhild Lund, (llle du directeur de la Banque Norvégienne et de la Douane, vice-président du Comité Nobel du Parlement Norvégien, ancien pré.eident du Lagling. Séduite par l'Italie, elle obtint de bonne heure de son père la permission de s'y fi.xer. M. Murri la rencontra pour la première fois au Congrès de la Pai,\ tenu à Milan (septembre 1906).

(4) Secolo, 31 janvier 1912 ; Carrière dltalia, 3 février.

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j'eslimais que ma vie, mon travail, mon passé ne me rendaient pas aple au mariage et que je ne devais pas y penser.

« Comment et pourquoi je m'y suis décidé, c'est chose qu'il serait long de dire et qui me regarde intimement. Une fois ma décision prise, j'ai été content de montrer aussi par là comment ma conception du christianisme et du catiiolicisme n'avait aucun besoin de renoncements ascétiques et de vains sacrifices. Inutile de parler de mon sacerdoce, parce que je ne me considère plus d'aucune façon lié par des engagements au sacerdoce professionnel et à l'Eglise. Mes rapports avec elle ne sont plus que des rapports de lutte contre tout ce qu'elle présente de négation et d'éloulTement de christianisme et de religiosilé vivante.

n Nos projets d'avenir? Continuer à faire ensemble, ce que nous faisions séparés ; former un bon ménage ; conserver et cultiver des relations de bonne amilié avec tous ceux qui ont de la sympathie pour nous et travailler pour les mêmes causes idéales; offrir une heure de bonne hospitalité^ ceux qui nous approchent. Pour moi, je travaillerai encore avec plus d'ardeur, et peut-être, au retour d'un voyage que je vais faire en Amérique, reprendrai-je au premier rang le poste de combat pour le modernisme. Je sais que beaucoup d'amis comptent sur moi... » (1).

En France, les prêtres prétendus libéraux n'attaquèrent pas la loi du célibat ecclésiastique ; ils la célébraient même volontiers, mais en rappelant qu'elle n'était pas générale et en insinuant qu'en certains pays un clergé marié pouvait avoir une plus grande influence et que le Saint-Siège restait toujours le maître de la discipline. Par exemple, dans un article en faveur du célibat après avoir parlé du mariage des prêtres orientaux, l'abbé Boeglin ajoutait :

« Il paraît vraisemblable que le Saint-Siège accordera la même dispense aux prêtres indigènes des futures chrétientés coloniales. Par l'installation de séminaires, Léon XIII y a préparé

(1) Cf. un commentaire de ces déclarations par un moderniste romain dans Chrélien libre, 10 mars 1012. Le mariage de M. Murri et de M"" Lund a eu lieu le 2'i avril l;il2.

ilf) LE CKLIBAT ECCLKSÎASTIQUE

un monde nouveau... Les nouvelles cités africaines et asiatiques, grâce à l'accession de la conquête, établiront au milieu d'elles la religion sous la pesée de la sélection morale. Le mariage des prêtres à la manière orientale servira peut-être de transition au modèle sublime de l'Eglise latine (1). »

La question ne fut portée directement devant le public français qu'après 1909, par deux prêtres étrangers au mouvement moderniste. Leurs deux livres ont été mis à l'index. Le premier auteur qui a écrit sous un pseudonyme « M. Dolonne (2) » est resté en fonctions bien que son évèque ait été informé par lui-même de l'impression de son livre. Le second, qui a signé son ouvrage de son propre nom, M. Claraz (3), a été interdit. Enfin, M. Pierre Harispe a publié dans la Nouvelle Revue du 15 décembre 1911, sur « la condition du prêtre à notre époque », un prétendu mémoire du cardinal Mathieu, dans lequel la discipline actuelle est battue en brèche. Quoique M. Pierre Harispe ait toujours fait profession de la plus complète soumission aux règles intellectuelles de l'Eglise, il n'en a pas moins été, pour ce fait, englobé par les polémistes orthodoxes dans l'agitation moderniste.

Plusieurs de ces polémistes orthodoxes, des plus acharnés contre toute modernité, sont des prêtres (ou prélats) concubinaires et pères de famille. La hiérarchie et même les congrégations romaines connaissent leur cas.

(1) Vie catholique, 20 octobre 1900, art. signé Richeville.

(2) Abbé Dolonne. Le Clergé conlemporain et le cclilial (Paris, Micliaud, 1910, in-12, 320 p.).

(3) Abbé Jules Claraz, Le mariage des prêtres (Paris, Flammarion, fin octobre 1911, in-12, 458 p.). M. Claraz s'est marié au mois de mai 1912. Dans le même temps les journaux annoncèrent le mariage d'un prêtre allemand moderniste authentique, M. Hugo Koch (cf. ci-dessus, p. 287) et celui de Mgr Poyer, ancien secrétaire du cardinal Vaughan, qui avait refusé de prêter le serment anti-moderniste.

LE CELIBAT ECCLESIASTIQUE 411

L'opuscule que je publiai, au mois d'octobre 1908, sur Un Prêtre marié, Charles Perraud, chanoine honoraire d'Antun, el l'histoire des controverses qu'il déchaîna (1) ont été parfois pris pour un appoint à la campagne anticélibataire. Pour éviter tout malentendu à ce sujet j'ai cru devoir adresser à M. Avolio une lettre d'explications (^2). Je la reproduis ici, pour ceux qu'intéresseraient me^opinions :

Paris, 13 mars 1910.

A Monsieur le Directeur de BallagUe d'oggi Monsieur,

La page que vous consacrez, dans voire numéro de mars, à mon nouveau livre Aiilour d'un Prêtre marié pourrait le faire prendre pour un réquisitoire contre le célibat ecclésiastique. Permettez-moi de rappeler que ma position devant ce sujet est uniquement celle d'un pauvre érudit qui narre des faits et publie des textes.

Lorsque j'ai iniprluTé, en 1908, la vie de l'infortuné Charles Perraud, j'ai eu soin de déclarer que c'était « tout uniment pour raconter et non pas pour poser un problème d'ordre général » et qu'on ne pouvait attendre de cet opuscule « aucune conséquence pratique ». Mon dernier livre, simple recueil de documents offert aux historiens, aux philosophes et aux sociologues, rentre dans la même ligne de conduite et s'y inspire des mêaies idées.

Si vous voulez savoir ma pensée sur le fond du sujet, je vous la dirai simplement.

Je n'ai jamais cru et je ne crois pas que l'Eglise romaine réforme un jour sa discipline. Il lui faudrait renier le Concile de Trente, Grégoire VII et même saint Paul. C'est beaucoup trop et elle ne marciie pas dans ce sens.

(1) Autour d'un prêtre marié. Histoire d'une polémique (Paris, 1910).

(2) Lettre publiée dans le numéro d'avril 1910 de Batlaglie d'Oggi.

L'Eglise romaine esl devenue un gouvernement, un gouvernement spirituel et même un gouvernement politique. Dans la guerre de plus en plus vive qu'elle mène et qu'elle mènera désormais dans tous les pays contre la cité moderne elle a besoin de janissaires. Or, des soldats dégagés de tout embarras sont beaucoup plus obéissants, plus dévoués et moins dispendieux à nourrir que ceux auquels on accorde certaines aises. C'est pourquoi, loin de relàciier le lien de sa discipline, l'Eglise romaine le resserra davantage. Non seulement elle maintiendra le célibat, je le crois, mais encore il se peut qu'elle impose un jour à ses prêtres le vœu de pauvreté.

Le grand tort de la hiérarchie est de faire célébrer cette discipline avec une rhétorique angélique ou maniciiéenne, comme vous voudrez, qui peut satisfaire quelques imaginations mystiques, mais qui donne le cliange sur la réalité des choses.

Si celte discipline semble immuable, voire référendum n'en présente pas moins un très vif intérêt par les observations qu'il a suscitées. Peut-être amènera-t-il dans la pratique quelque amélioration : une formation plus franche dans les séminaires et un recul de l'âge pour les engagements du sous-diaconat. Peutêtre aussi éclairera-t-il quelques jeunes gens sur les dillicullés du sacerdoce et rendra-t-il plus juste l'opinion publique dans l'appréciation de certains événements. Ces résultats seraient une belle récompense pour les nobles efforts avec lesquels vous travaillez à l'établissement d'un régime plus -sincère et plus moral.

Veuillez, etc.

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