LE MODERNISME DANS LES PAYS-BAS
Aux Pays-Bas le mot « modernisme « a été, en 1871 et dans les années suivantes, d'un usage assez répandu. Il fut employé avec éclat par un jeune pasteur qui depuis a tenu une grande place dans les afTaires religieuses et politiques de sa patrie : le docteur Abraham Kuyper.
Depuis 1856, on discutait beaucoup certaines conceptions théologiques nouvelles, exprimées ou combattues par D.-F. lluet, J.-L Doedes, Kuenen, etc., et dans ces controverses on se servait de préférence du mot « moderne » : « la théologie moderne », « le pasteur moderne », etc.. En se lançant dans les débats, A. Kuyper employa le mot « modernisme », et il le mit même en vedette sur le titre d'une brochure retentissante : Le Modernisme, fée Morgane sur le terrain chrétien il). Pour l'auteur le modernisme est la conciliation
(1) Ilel Modernisme, eenfata Morgana op CJiristelijk gebied (Amsterdam, n. de Iloog, 1871, 76 p.). — Dans son écrit Die Wege nach Rom (Bonn, 1909), Frédéric Nippold dit (p. 24) que Kuyper est l'auteur du mot « modernisme », que ce mot fut employé dans les journaux fondés par les jésuites lioliandais et belges, et finalement importé par eux à Rome. Des dernières assertions, Nippold ne donne pas de preuves ; la première est certainement erronée, puisque le mot « modernisme » remonte au moins à Luther.
des choses d'en-haut avec le réalisme qui caractéi-ise notre époque, et les modernistes sont les ariens de nos jours.
Si, malgré Kuyper, le modernisme coula à pleins bords dans l'Eglise protestante néerlandaise, il ne s'infiltra pas dans le clergé catholique dont l'enseignement, sévèrement contrôlé, est entièrement sous la direction de la congrégation romaine des Eludes. Seul le séminaire deWarmond (diocèse de Harlem) présenta une apparence de modernité, et ce ne fut qu'entre 1900-1905, grâce à trois professeurs : MM. Beysens (philosophie), Van Noort (dogmatique), Vlaming (droit canonique). Cinq étudiants donnaient le ton : MM. Léo Balet, Jos van Veen, Fianz Berding, Wenzel Frankemœlle, Bernard Rosenmûller. On lisait les théologiens progressistes français, Schell, Ehrhard, Demain, Ilochland, Das ZiK'anzigste Jahrliundert. L'autorité épiseopale, inquiète de la tournure des esprits, congédia MM. Berding, Frankemœlle, Rosenmiiller, qui n'étaient pas encore ordonnés prêtres, destitua les trois professeurs suspects, et le recteur, Mgr Lans, qu'on ne jugeait pas assez strict.
M. Beysens est devenu, en vertu d'une fondation catholique spéciale, professeur de philosophie thomiste à l'Universilé d'Utrecht (Université d'Etat) ; M. Vlaming a été nommé curé à Harlem, et M. Van Noort à Amsterdam. Mgr Lans fut nommé doyen du clergé à Amsterdam.
Malgré toutes les précautions, des courants d'air moderne ont traversé le clergé. Plusieurs prêtres ont quitté l'Eglise. Par exemple :
En 1904, le D'- Mathieu Schœnmaekers (diocèse de Roermond). — n a |)ublié, en hollandais, divers ouvrages : Pourquoi je crois (1903) ; L'Evangile de la terre (1906) ; La croyance du nouvel homme (1907) ; Cliristosophie (1911), etc., elc...
En 1905, le D'" Jan van den Brink (diocèse de Bréda) ; devenu journaliste et membre socialiste de la municipalité de Bréda.
En 1907, M. H. Van Vorst, capucin de Tilburg (diocèse de Bois-Ie-Duc), connu sous le nom de Père Coelestinus, prédicateur très populaire, auteur, étant religieux, de quelques livres à tendances niodei'nes ; a publié depuis sa sortie : Pourquoi j'ai quitté l'Eglise Romaine et Du confessionnal au forfait.
En 1907, M. Jos van Veen, l'élève du séminaire de Warniond, vicaire à Rotterdam, devenu publicisfe et conférencier. Il a publié (en hollandais), Ernest Hello (1905) ; Le Modernisme et l'Eglise catholique romaine ( Pascendi ! ){\^{}%); Lettre ouverte à Jhr Ruys de Beerenbrouck (1910) ; L' Encyclique « Editae saepe » expliquée au Peuple Hollandais (1910); Célibataires (roman 1911), Hollande ! Veillez sur votre droit (contre le motii proprio Ouantavis, 1912), etc., etc.. Edile le périodique Hernieuaing (Rénovation) ; rédaction et administration : 70, Antonie Duyckstraat, La Haye. — A fondé un bureau de droits d'auteur, en vue de l'adhésion de la Hollande, à la Convention de Berne.
En 1908, M. C. P. M. Van Erven Dorens, de la Haye (diocèse de Harlem), musicien distingué. — En 1904-1906, il étudia la question de la restauration du prétendu chant grégorien. La manière dont les musicologues ecclésiastiques écrivent l'histoire et conduisent les polémiques lui donna fort à penser. Une fois l'esprit critique éveillé, il ne lui fallut pas beaucoup de temps pour découvrir qu'il existe dans l'Eglise des mystifications plus graves que celles du « rythme oratoire >>.
En 1909, M. Léo Balet, l'élève de Warmond, docteur en philosophie ('/7mona cum laude) de l'Université de Fribourg (Suisse), du diocèse de Harlem. 11 a publié des romans (en hollandais) Vocation (1905), James (1910), l'histoire d'un peintre primitif hollandais Geertgen tôt Sint Jans et une histoire d'art céramique Ludwigsburger Porzellan (1911), ouvrage dédié au roi et à la reine de Wurtemberg. Devenu premier assesseur au « Landesgewerbemuseum » de Sluttgard.
En 1912, deux prêtres du diocèse de Harlem, MM. J.-C. Clavan, vicai re à Poeldi jk et G.-L. Intres, vicaire à Amsterdam.
Les Pays-Bas ont naturellement connu d'autres exodes d'ordre moins intellectuel et suivis d'un prompt mariage. I>ar exemple, ceux de MM. J. Van Kooij, vicaire à Amsterdam (1907) et P. J. Raëskin, vicaire à Harlem (1909).
Au mois d'avril 1912, un chasseur d'hérésies, l'abbé Thompson, ancien rédacteur du Maasbode de Rotterdam, a publié le premier numéro d'une revue Borna (Coolsingel, 32, Rotterdam ; prix 5 fr. par an) se proposant de coaliser les énergies des catholiques néerlandais contre toute modernité.