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rapportent les annalistes arabes. On sait que ces juifs étaient des sédentaires qui cultivaient des oasis de palmiers, sous lesquels poussaient diverses cultures fourragères et des légumes. Mais c'est leur vie sociale, et particulièrement religieuse, que l'on voudrait connaître, car elle a eu sur le Coran et sur les hadiths une influence évidente. On en est réduit à se figurer des communautés sans culture religieuse, peut-être sans livres, cramponnées à leurs croyances traditionnelles et à leurs pratiques, avec d'autant plus de ténacité qu'elles y apportaient moins de doctrine. Le christianisme, on l'a vu, entourait et pénétrait l'Arabie. La marche byzantine était chrétienne; celle de Hira l'était en grande partie. Une cité yéménite tout entière, Nejrân, était chrétienne, et des éléments chrétiens devaient s'être infiltrés dans les villes de commerce, à La Mekke par exemple. La conquête abyssine avait apporté au Yémen le christianisme sous la forme melkite; la conquête perse l'encouragea sous la forme nestorienne, et un savant islamisant a montré, dans un livre récent, les ressemblances singulières qui existent entre certaines homélies nestoriennes de saint Efrem et des passages importants du Coran1. Il est pourtant impossible de préciser, ni quelle était la valeur religieuse de ces groupements chrétiens, ni sous quelle forme et dans quelles circonstances Mohammed a été en contact utile avec eux. On en est réduit à revenir aux légendes musulmanes, qu'on tenait encore récemment pour des fables, et à croire que le Prophète arabe a connu les doctrines du christianisme dans ses voyages en
1. Tor Andrae, Dee Ursprung des Islams und Christenlhums, Stockholm, 1926.
ARABIE ANTÉISLAMIQUE 81
Syrie et surtout dans les foires du Hidjâz, auxquelles des moines chrétiens pouvaient assister.
On ne saura jamais sans doute quelles étaient exactement les doctrines des Juifs et des chrétiens de l'Arabie ancienne. Pour expliquer l'étrange traitement que leurs traditions ont subi dans le Coran, on a supposé l'existence d'une secte judéo-chrétienne, analogue à celle des Elkasaïtes, qui les auraient d'avance mêlées en une doctrine hétérodoxe; mais c'est une pure hypothèse. Quelles que fussent leurs croyances, les communautés juives et chrétiennes créaient en Arabie une ambiance religieuse qui contrastait avec l'indifférence générale et qui préparait d'autres tendances. Il s'était formé dans les milieux païens qui prenaient part aux cérémonies religieuses et assistaient aux foires annuelles du Hidjâz, parmi ceux qui, si l'on ose dire, faisaient l'opinion publique, un mouvement monothéiste, qui, sans doute assez vague et incohérent dans son individualisme, a pourtant préparé le terrain propice à la prédication de Mohammed. Il est probable que c'est ainsi qu'est né la croyance en un dieu supérieur, Allah; mais il convient de ne point grouper en une secte à doctrine précise les hanifs dont parlent les historiens arabes et qui ont été des isolés. Il convient aussi de ne point accepter imprudemment pour authentiques des poésies comme celles d'Omeyya ben Abi ç çalt, qui aurait été le représentant le plus éminent de la doctrine hanif et dont le Coran aurait répété les pieuses formules. Il est enfin très exagéré de croire que le christianisme était si largement répandu dans l'ancienne Arabie que les poètes les plus illustres en étaient devenus presque tous des fidèles, et qu'ainsi, au début du vne siècle, la société bédouine était à la veille d'une conversion générale à l'Evangile.
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Il faut redire combien la religiosité des Bédouins paraît avoir été faible. Dans les cités où l'existence d'un sanctuaire affirme un milieu dont la piété devient une affaire nationale, par exemple à At Taïf, ou à La Mekke, on est frappé de l'aspect grossier des représentations divines; alors que la Syrie, pour ne parler que du pays dont la civilisation est à tous égards la plus proche, nomme ses dieux, leur construit une histoire et s'efforce de leur donner une forme, l'Arabie en est presque restée au culte de la pierre brute, sans forme et presque sans nom. On n'a aucune raison solide de croire aux idoles de la Kaba, encore moins à ses peintures. L'Arabie est donc toute prête à accepter le dieu caché du judaïsme, et quand les musulmans se trouveront mêlés à la querelle chrétienne des images et qu'ils pencheront vers les iconoclastes, ils ne feront que continuer les traditions de l'antéislâm1.
Au début du viie siècle, l'Arabie est donc moins isolée qu'il ne semble de la vie économique et religieuse des peuples voisins. Elle est préparée, par ses relations avec la Syrie et la Palestine, à entrer dans le grand mouvement religieux qui remue alors tout le proche Orient. Deux Etats semblent encore s'y disputer la priorité : mais la Perse est nettement à la fin de sa fortune politique, et dans le domaine spirituel qui seul nous importe ici, c'est l'hellénisme et le christianisme qui partout pénètrent et transforment les anciennes pensées : ce sont eux qui auront l'action la plus profonde sur le développement de l'islam.
1 Simple rencontre, d'aireurs. Car c'est parmi les nouveaux conver s et non parmi les Arabes que la question des images s est po ce. Il faudrait pouvoir p éciser quelle relation existe entre les hadiths condamnant les images et l'tdit de l'empereur Léon III en