Lammens, La Mekke, p. 251 et
géant un échec aux desseins commerciaux de l'empereur byzantin. Il semble que, dans les années qui précèdent l'islam, la fortune du seigneur de Hira ait pâli : des tribus nomades ont réussi à s'entendre pour une razzia fructueuse en bas Euphrate, et elle ont remporté une victoire que la renommée grandit démesurément et où les historiens futurs de l'islam voudront trouver le présage des conquêtes arabes.
En face de la marche sassanide, celle des Ghassânides maintenait le limes byzantin en gouvernant les nomades de la TransJordanie, de la troisième Palestine et du désert de Syrie; au delà, ils étendaient leur autorité sur les tribus christianisées, qui tenaient les points d'eau et les pâturages entre la Syrie et Médine. Les Arabes les considéraient comme les rois de la Syrie, comme les représentants de l'Empereur, à l'extrémité de la grande route du commerce1. Leurs corps de cavalerie et de chameliers, analogue aux méharistes algériens modernes, étaient commandés à la bysantine, et, bien que l'invasion persane du vne siècle eût détruit le phylarqat, les débris des escadrons d'auxiliaires arabes, fuyant devant l'invasion musulmane, devaient à la conquête rejoindre l'armée grecque et combattre dans ses rangs.
La présence de .populations chrétiennes dans les deux marches, dans les oasis de la Syrie et de l'Arabie et au Yémen, les relations de l'Arabie avec l'Abyssinie chrétienne, la vitalité des groupements juifs du Hidjaz et du Yémen étaient des faits qui contrastaient trop vivement avec la vie normale de l'Arabie pour qu'ils n'eussent point quelque action sur
1. L'histoire romano-bysantine connaît bien la marche de Palmyre et raconte, au IIIe siècle, les aventures de la reine Zénobie; au ve, « Odenath » obtient, grâce à la bienveillance de Théodora, l'envoi d'un évêque melkite.
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son développement. Quelque fruste que fût la religiosité de plusieurs de ces communautés juives et chrétiennes, leur seule existence avait une influence qu'il importe d'indiquer.
Le judaïsme apparut en Arabie à une époque imprécise, sans doute ancienne; des éléments juifs semblent s'être mêlés à des éléments arabes pour former des communautés juives. C'est un souvenir de ces immigrations qui, déformé par la tradition musulmane pour des fins pieuses, amène Abraham, Agar et Ismaël au Hidjaz; le patriarche et son fils construisent la Këba; Ismaai, mêlé aux Jorhom, devient l'ancêtre d'une partie des habitants de l'Arabie. D'autres traditions veulent que des rois yéménites aient été Juifs. Au vne siècle, il y a sans doute des Juifs épars en Arabie, mais il y en a aussi des groupements compacts en pays sédentaire. Des communautés juives très vivantes existaient au Yémen à l'époque de Mohammed, et bien que l'histoire nous enseigne qu'elles furent dispersées ou détruites, il serait intéressant de chercher à savoir si ce ne sont pas elles qui subsistent aujourd'hui à Sana et dans d'autres villes de l'Arabie méridionale. Au Hidjaz, des oasis, Khaïbar par exemple, étaient juives.
A Yathreb, la future Médine, les deux grandes tribus juives des Banou Nadhir etdesBanou Qoraïza étaient mêlées, on l'a dit déjà, aux rivalités des deux tribus arabes, les Aws et les Khazraj1. Elles furent en relations immédiates avec la commnauté musulmane, et il serait de plus haut intérêt d'en connaître autre chose que les récits tout extérieure qu'en