‹ Histoire du monde (volume 2)Chapitre 102 sur 180 · Encycl. Islam, I · texte numérisé non relu

Encycl. Islam, I

et des Iraniens, enrôlés par Abou Moslim dans les provinces orientales. En 178 (794-795), Al Fadhl ben Yahya le Barmékide levait une armée d'Iraniens; elle était commandée par des chefs indigènes et elle aurait compté cent mille hommes. On les appelle les Abbassides (abbâsiya) ; il en amène vingt mille à Bagdad. C'est l'armée régulière, qui rappelle l'ancienne formation des jounds syriens, mais qui nettement touche une solde : ce sont des murtaziqa. Il reste pourtant encore des combattants de la guerre sainte, des mulawwià, des gens du ribât, qui sans doute touchent la pension et vivent sur l'ennemi. Mais les califes, disent les historiens, enrôlent de plus en plus la canaille, les gens des souqs; les conquérants ne veulent plus se battre.

Il y a, dès le ixe siècle, de véritables régiments de mercenaires qui vivent côte à côte, non sans rivalité; des Turcs, des Berbères recrutés d'abord à Baçra par Afchin (Maghâriba), plus tard des Slaves, et aussi des nègres ('abid); c'est un régime organisé dès Motacim (833-842).

Pendant la période des conquêtes, les Arabes avaient été constamment sur le pied de guerre et le calife les appelait à lui en convoquant les chefs, à la bédouine: mais, pour le service normal de l'Etat musulman, il n'y a point de recrutement régulier de l'armée. Ali, dans un discours sans doute apocryphe, prononcé à Coufa, mettait au nombre des péchés capitaux (kabâir) le ta 'arrub, c'est-à-dire la défection des Arabes qui, une fois touchée leur part du butin, retournaient à leur nomadisme. A la fin de la période omeyyade, les tribus qui n'étaient point encore fixées au sol s'étaient isolées du califat, sur les confins du désert. Les troupes régulières sont dans les cités-camps, à Baçra, à Coufa,

à Fostat, aussi à Damas. Le recrutement quasi féodal (et naguère marocain) des jounds de Syrie et de Palestine se tarit brutalement et n'est point remplacé par des levées régulières sur les nouveaux convertis. Les Abbassides ont leurs Khorassaniens, qui, eux aussi, s'usent vite. On n'aperçoit pas qu'il y ait trace de recrutement rural. La grande masse campagnarde, en majorité convertie, ne semble s'armer qu'au hasard et par petits groupes, pour la défense locale. — Le régime des dotations foncières ne prévoit point une redevance en hommes; ce n'est point le fief de l'Occident et ses obligations militaires.

C'est le paiement de leur solde qui fait la principale affaire de la politique califienne. Quelques menus faits donnent des indications sur l'allure de l'armée. En 145 (762-763), Mançour regrette de n'avoir conservé en Iraq que deux mille hommes qui sont en majorité des noirs1; en face de cette maigre armée, Ibrahim a des troupes qui passent leur temps à chanter et à jouer de la guitare2. — Pour l'expédition maritime de 159 (775-776) contre le Sind sous El Mahdi, on réunit des troupes très diverses, un contingent régulier, des volontaires, un corps de « Syriens » qui font bande à part, et des « régiments particuliers » qui sont un fait nouveau et qui paraissent être formés par l'autorité personnelle d'un chef3. En 165 (781), la razzia d'été contre les Byzantins, qui se termine par une trêve de trois ans et par le paiement d'un tribut grec, est menée par des réguliers, renforcés de volontaires et de « gens des souqs »; il y a

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