‹ Histoire du monde (volume 2)Chapitre 115 sur 180 · Tabari, Annales, III, 338 et s · texte numérisé non relu

Tabari, Annales, III, 338 et s

Hist. du monde 24

l'historien, car elle satisfait la toute-puissante réalité : Haroun partage l'empire entre ses fils. A Mamoun, l'Orient iranien, des « frontières de Hamadân jusqu'au Khorassan » et au Sind; à Amin, l'Occident, c'est-à-dire l'Iraq, la Syrie, l'Egypte et l'autorité toute théorique sur l'Afrique; à Qâsim, la Mésopotamie et les frontières byzantines récemment réorganisées, peut-être un espoir et une indication de la conquête de l'Empire grec. Dès 798, Mamoun est investi du Khorassan, avec le titre de gouverneur; Amin, resté héritier présomptif, aura seul le titre de calife, mais laissera à son frère toute l'autorité sur l'Orient. En 802, Amin reconnaît solennellement à son frère la possession du « Khorassan, de ses frontières, de ses provinces, de sa guerre, de son contingent militaire (jound), de son impôt territorial (kharâj), de ses caisses d'Etat, de ses aumônes légales, de ses dîmes, de sa broderie royale, de son service postal », etc., sans parler de ses dotations et propriétés personnelles. A la mort de Amin, Mamoun sera calife et possédera tout l'empire; il pourra conserver ou enlever à son frère Qâsim la qualité d'héritier présomptif, mais en lui laissant ses domaines mésopotamiens.

En cette même année 802, le calife et ses trois fils font ensemble le pèlerinage. Le testament impérial est affirmé par deux documents écrits qui sont confiés aux gardiens de la Ka'ba et qui sont suspendus au plafond de la maison sainte, sous la protection d'Allah. Il suffira plus tard à El Mamoun, devenu calife, de leur mander de les décrocher et de les brûler. Car c'est lui qui régnera, malgré toutes les précautions laïques et sacrées; un peu parce qu'il est un homme et que son frère n'est rien; qu'en 806, c'est

à lui qu'Haroun confie le sceau d'El Mançour; beaucoup, parce que la force du nouvel empire e?t dans ses provinces orientales. L'Iraq est toujours un pays de citadins frondeurs mais peureux, des marchands et des paysans pacifiques et travailleurs que bordent des groupements bédouins, indisciplinés et incohérents. La Syrie, on le répète, est lasse et aigrie, et ses soldats n'apparaissent plus dans les guerres civiles que pour trahir les chefs qu'ils semblent soutenir. Si El Amin avait eu de l'intelligence politique et de la volonté, et qu'il eut résisté victorieusement à son frère, Haroun aurait réalisé la division du califat abbasside, soixante ans après sa formation. L'unité apparente de l'empire ne fut sauvée que par la pauvreté du souverain.

Aucun de ses successeurs ne profita de la leçon que leur avait, bien involontairement, donné leur illustre ancêtre. En 849, El Motawakkil partage, lui aussi, l'empire entre ses trois fils, en réservant le titre de calife à l'un d'eux, en un ordre fixé. Le premier eut les provinces du centre et de l'ouest : Coufa, Baçra, Ispahân, Qachân, les frontières syriennes et méscpotamiennes contre Byzance, l'Arabie, l'Egypte, le Maghreb, aussi le Ahwâz, le Mekrân et le Sindr qui, on l'a dit, font corps avec l'Arabie et l'Iraq; le second a le Khorassan, Tabaristan, Fars, Azerbaïjan, Arménie; le troisième a la Syrie et la Palestine. C'est une division un peu différente des précédentes, et qui annonce celle que les Turcs réaliseront, mais en de plus menus morceaux.

Quand El Montacir devient calife après avoir fait assassiner son père, « pour éviter d'être tué par lui », il oblige ses frères à renoncer à leur titre d'héritier présomptif, parce qu'ils étaient tout enfants quand

Motawakkil le leur a donné; et parce que la garde turque ne veut point d'eux, et qu'il ne saurait mécontenter la garde turque1.

La proclamation du souverain conserve les formes anciennes : on touchait jadis la main du calife, on baise la main de l'Abbasside. La cérémonie est en deux temps : la « proclamation de l'élite » et celle de la foule. La première est accomplie par la famille du calife et par les grands personnages de la cour; puis l'un des parents du calife recueille, hors de la présence de celui-ci, l'hommage de tous les hommes importants2. C'est, à la grande époque abbasside, une comédie fort compliquée où chacun apporte ses plus beaux talents; au xe siècle, ce n'est plus qu'une parade où Vamir al oumarâ joue tous les rôles. Enfin l'un des officiers du palais fait prêter serment à l'armée et au peuple, et cette « proclamation de la foule » peut suivre la précédente d'assez loin. La reconnaissance de l'héritier présomptif donne lieu à des cérémonies analogues. Dans les provinces, c'est le gouverneur ou le câdi qui préside la cérémonie. Le gouverneur de la Mekke et Médine, nommé par Amin, le trahit et décide de faire proclamer Mamoun; il convoque le peuple à la prière de midi; la chaire est poussée à sa place rituelle, contre le mur de la Ka'ba; il y monte, coiffé d'un haut bonnet (qalanswa) rouge; il déclare rejeter l'obéissance d'Amin, comme il jette son bonnet rouge à un serviteur, qui lui en présente aussitôt un noir dont il se couvre solennellement, en proclamant Mamoun seul digne du califat. Les assistants montent un à un sur la chaire pour lui toucher la main, comme ils devraient le faire au maî-

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