Tabari, III
sentant du Prophète; mais un jour, il y eut plusieurs califes. Tant que ce fut un orthodoxe et un alide, les raisons de décider entre eux furent faciles; mais quand, en face du calife de Bagdad ou du Caire, on trouva l'Omeyyade d'Espagne, certains Almohades et les Mérinides, tous sunnites, les théoriciens éprouvèrent quelque embarras. Ibn Khaldoun, qui en avait vu plusieurs, s'était décidé à penser que deux califes pouvaient être légitimes à la fois, dans deux contrées très éloignées.
Le calife est le successeur et le cousin du Prophète. Il a conservé ou retrouvé son bâton (qadib), son manteau (borda), son sceau (khâtam) : ce sont les insignes de son pouvoir1. El Motawakkil acquiert en outre la lance du Prophète, celle que l'on plantait devant lui pour indiquer la direction (qibla) de la prière. Dans les grandes cérémonies, le calife la fait porter devant lui par le chef de la police2. Je ne sais si le calife abbasside a, dès le début, un trône; celui d'El Moqtadir est en ébène3.
Le calife, on le répète, ne fait point la loi; malgré sa toute-puissante autorité, il ne délègue même pas le droit de l'interpréter. Au viii€ siècle et au com-
1. Ce sont les insignes du califat, auquel il faut ajouter les timbales et les étendards (voir ma traduction de l'Afrique du masâlik al abçâr, introd., p. 46); je ne suis pas sûr que Mez ait eu raison d'y ajouter le parasol, qui est en tout cas l'insigne essentiel des Fatimides. La couleur de la dynastie est le noir, qui est celui des étendards et qui règne dans la toilette officielle, avec la possibilité d'ornements blancs. Le calife, en tenue ordinaire, porte le haut bonnet pointu (qalanswa) et la veste (qaba) des Persans; tous deux noirs. Le texte de Tabari (cité ci-dessus, p. 3; 3) semblerait indiquer que la couleur de Amin était le rouge; mais le gouverneur a peut-être pris une couleur étrangère pour symboliser son remplacement par le noir officiel.