Mez, Renaissance, p. 140 et
Mais la tradition ne semble pas avoir conservé, dans le val des deux fleuves, aucune grande cérémonie semblable à celles qui continuaient à faire revivre le culte du Nil et auxquelles les califes fatimides prenaient une part active.
Les audiences ordinaires du palais sont simples, bien qu'il y ait nombreuse assistance : les secrétaires, les gardes, le visir, les cadis, le service de la cour. Les grandes salles vides du palais s'ouvrent pour les cérémonies extraordinaires, les réceptions des ambassadeurs, les proclamations du souverain ou de l'héritier présomptif, les mariages royaux. A côté d'elles, le calife s'installe dans de petites pièces, où il travaille avec ses secrétaires. Ceux-ci ont des bureaux dans les cours antérieures du palais, avec une armée d'employés, qui forment tout un ministère.
Le luxe extérieur et pour ainsi dire officiel de la cour abbasside n'est point celui qui tient le plus au cœur du calife. Ce n'est point dans les appartements extérieurs du palais que se passent les meilleures heures de sa vie, celles que la littérature arabe raconte si complaisamment, et que ses intimes viennent goûter avec lui1. A cette seconde vie du souverain, qui ne se passe point dans la masure du roi soufi2, on accède par une petite porte, bien gardée, qui s'ouvre sur les jardins. Et c'est ce cadre qu'il faut retrouver pour y loger les mille et une nuits : une longue et mince pièce d'eau, lame d'argent lumineux où s'incrustent
1. Les intimes du calife (nudâmâ) semblent, au xe siècle, prendre des allures de fonctionnaires et recevoir un traitement (Mez, Renaissance, p. 141). Le calife, pour les grandes beuveries nocturnes, ne garde d'ordinaire qu'un compagnon. Il y a d'ailleurs là des traits de mœurs qui continuent à surprendre un peu.