Voir ci-dess. p
les nénuphars et les nymphées; à droite et à gauche, des ifs et des cyprès s'y mirent avec un sourire grave; à chaque bout, la montée de quelques marches de marbre; deux pavillons jumeaux ferment, durant le jour, leurs larges vérandas derrière le voile des boiseries délicates, où la fantaisie recouvre si bien un fond géométrique impeccable que l'œil s'y perd comme en la complication infinie d'un songe; le soir, à l'heure où les parterres de fleurs achèvent d'exhaler leurs parfums, les panneaux s'ouvrent, sous la brise du crépuscule, aux bruits lointains du fleuve.
Le maître ne recherche point seulement la beauté; il veut aussi le confort. Il sait que les pavillons réservés par les rois sassanides aux siestes d'été avaient des murs faits de deux cloisons de roseaux, que séparait un espace vide où l'on versait de la neige. Les derniers Omeyyades avaient suivi leur exemple. Al Mançour fit tapisser un pavillon avec une étoffe de lin rude et épaisse (kkaich) que l'on mouillait constamment; ses successeurs préférèrent des nattes en feuilles de palmier1.
Un historien nous fait entrer dans l'un de ces pavillons, que chaque souverain fait construire avec amour, et qui, abandonnés par ses successeurs, se dégradent et retournent doucement d'eux-mêmes au néant : « Je fus introduit, dit un visiteur, auprès du calife, qui était assis en une salle tapissée d'une étoffe rose; elle s'ouvrait délicieusement sur un jardin, d'où un arbre venait toucher de ses branches le vestibule extérieur de la salle. Cet arbre était vêtu de roses, de fleurs de pêcher et de pommier. Gomme la tapisserie de la salle, tout cela était rose; jamais je n'ai vu rien