Tabari, Ann., III
de si beau. » Et alors, entre un jeune esclave qui est vêtu de rose, comme la salle rose et l'arbre rose1. Quelque artifice sans doute, dans ce décor, mais un goût délicat de la couleur, don exquis des pays d'ardent soleil, qui sacrifient aisément la forme au mirage de la lumière.
Dans ces pavillons des jardins, où tout est prêt pour charmer les sens, dans les belvédères où le calife va le soir écouter les bruits légers qui montent du fleuve et regarder les lueurs que la lune traîne sur ses eaux, il « fait la fête » avec quelques favoris. De fines friandises, sorties des cuisines du harem; des fruits de choix, du vin surtout2; de jolies esclaves, des danses, des chants, des vers; jusqu'au matin une débauche de couleurs, de mouvements, de parfums, de sons, de rythmes, parfois des apparences de pensées légères et subtiles : des plaisirs très fermés, très intimes, d'une grâce un peu menue.
Le luxe des appartements est presque uniquement dans les tentures et les tapis, feutres moelleux et chatoyants, tapis d'Arménie, rideaux et portières où malgré les foudres de la théologie, la Perse sème sur des fonds de forêts et de jardins, les fuites bien vivantes des éléphants, des tigres et des antilopes; aussi tentures à ramages, en soie de Chine. A défaut de meubles, la cour et la ville se passionnent pour la vaisselle somptueuse et le bibelot précieux : faïences