‹ Histoire du monde (volume 2)Chapitre 126 sur 180 · Tabari, Ann., III · texte numérisé non relu

Tabari, Ann., III

Si l'on s'arrêtait ici, on conserverait de la cour et de la cité abbasside une impression complexe de simplicité et de faste, de naïveté et de raffinement d'une harmonie charmante; on ne verrait, chez ces hommes, qu'un mélange de bienveillance familière, de dignité naturelle et de recherche de la beauté, qui ferait tout de suite pardonner un goût un peu désordonné du plaisir; mais il y a un envers. Les Mille et une Nuits ont habitué le lecteur occidental à la présence de Masrour, le bourreau d'Haroun ar Rachid.

Les exécutions improvisées et les exhibitions de têtes font partie de la vie normale de la cour abbasside. Dès le règne d'El Mançour, quand un personnage est mandé d'urgence au palais par les gardes du calife, il sent qu'il a bien des chances pour n'en point revenir vivant. Il fait son testament, dit adieu à sa famille et emporte son linceul sous son bras. Dans les réunions joyeuses du palais, un mot, un geste, un souvenir éveille tout à coup chez le maître la violence brutale ou la férocité sadique; les pâles étoffes du pavillon rose se teintent de larges taches d'un rouge sombre.

On se souvient1 de la nut où le calife El Hâdi et l'un de ses courtisans ont été près de s'entre-tuer, et aussi du meurtre des Barmékides.

L'Europe connaît à la même époque, et a connu elle aussi dans les siècles suivants, ces transformations déconcertantes des visages, ces excès de mignardises et de violences; il y eut en Orient une plus naturelle incohérence. L'Occident a goûté longtemps les supplices : on redira que l'Orient abbasside y montra quelque maîtrise.

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