Tabari, Ann., III, 583, 8 et passim
El Amin, fils d'une princesse arabe, et cependant un bien pauvre homme, passe sa dernière nuit de souverain fantôme dans une salle du palais d'El Khold, qui domine le Tigre; il contemple en silence les jardins que limite le fleuve, éclairé par la lune; dans un bol de faïence rare, des fruits de choix; la fumée d'un brûle-parfums lentement monte; le calife boit; une esclave un peu sotte chante, sans y songer, des vers qui s'ajustent trop bien à la catastrophe imminente; elle brise le précieux bol : une voix dans la nuit arrête l'arrêt du destin1. Il y a une ambiance de déséquilibre.
Malgré les protestations des dévots, la cour a grand souci de parure. Sans doute, le noir est la couleur abbasside qui s'impose au costume officiel des représentants du calife, par exemple à Yimâm qui prononce le prône du vendredi; mais il n'en faut point conclure que les souverains élégants et voluptueux de la dynastie, soient vêtus de cette triste couleur, pas plus que les Alides ne sont habillés de vert. Toutes les ressources d'une industrie locale et celles d'un commerce extérieur dont on dira ailleurs l'importance s'unissent pour parer d'étoffes aux replis harmonieux et aux couleurs lumineuses et délicates, le maître, ses favoris et ses femmes.
L'histoire du costume oriental est à faire : on note seulement que le calife paraît s'intéresser particu* lièrement au bonnet persan (qalanswa), qui est la mode abbasside. En 153 (770), Al Mançour le porte haut à l'excès, et un poète l'en raille2. Haroun se fait faire, dans l'atelier du palais, semble-t-il, une qalanswa sur laquelle sont brodés ces mots : « combattant de la guerre sainte, pèlerin3 ». Il y a aussi