‹ Histoire du monde (volume 2)Chapitre 132 sur 180 · Mez, Renaissance, p · texte numérisé non relu

Mez, Renaissance, p

perfection de quatre fonctionnaires : un cadi sans reproche; un chef de police qui contraint le fort à rendre son droit au faible; un chef de l'impôt sans mollesse comme sans âpreté; un chef de berid qui fait un rapport exact des actions des trois autres1. Et, plus loin, le même annaliste développe ces idées d'El Mançour. Le bon calife est celui qui s'inquiète de maintenir la justice et la prospérité sur toute l'étendue de ses Etats : c'est le rapport journalier du çâhib al berid de chaque centre provincial qui lui fournit l'information générale, lui apporte toutes les sentences rendues par le cadi et toutes les décisions prises par le gouverneur, les rentrées effectuées par les caisses publiques, toutes les nouvelles. Si le cours des denrées se modifie d'une façon défavorable au peuple, le calife écrit au gouverneur ou au dmi7, pour en savoir la raison; il prend des mesures de bienveillance pour faire cesser le mal. Si, dans les décisions du cadi, quelque point lui semble obscur, il lui fait écrire, et s'il y a lieu, après avis de conseillers juridiques, il lui enverra une lettre de reproches2.

On a déjà dit que le troisième de ces agents du maître, le chef du service de l'impôt, était un technicien, instruit des complexités du régime financier de l'empire, habile à lever les taxes à peu de frais et sans nécessité de violence, apte à rédiger les registres de l'impôt, sachant transformer utilement en numéraire les redevances en nature, et prudent à l'emploi des fonds ainsi recueillis. Il convient de donner quelque netteté à la figure des trois autres; mais tout d'abord de dire un mot de l'ombre du maître, du visir.

Le cadi

Le calife est le juge suprême : il applique les principes du Coran et de la tradition; et il fait régner la justice sur la communauté musulmane. Gomme les rois de l'Occident, le calife abbasside de l'époque classique exerce lui-même, on le répète, ses prérogatives de juge; il tient, une fois par semaine au moins, dans une salle de son palais, une audience où ses sujets sont libéralement admis; la coutume s'est établie que le plaignant fasse parvenir au souverain un placet où il expose sa plainte. Les sultans, qui se partagent plus tard l'empire, se réservent cet exercice direct de la justice. lia fallu la décadence irrémédiable de leur autorité pour que les califes y aient renoncé.

Mais l'audience du souverain, malgré son prestige, n'a jamais suffi à assurer le règne de la justice dans l'empire. Le calife délégua son pouvoir à des cadis, en se réservant, on va le voir, d'en confier une part à d'autres agents. Le câdi, qui étend, en général, son autorité sur un vaste territoire, est un très grand personnage qui a plein souci de son indépendance. Il semble qu'il soit à l'époque abbasside, plus souvent nommé par le calife que par les gouverneurs; quand ceux-ci sont vraiment sous la dépendance du souverain.

Il est difficile d'ailleurs de délimiter les fonctions du câdi. Les traités techniques montrent qu'elles peuvent s'étendre très loin1, et l'on s'aperçoit que, dans la pratique, le câdi, outre ses attributions de juge, exerce la tutelle des incapables, recueille et

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