‹ Histoire du monde (volume 2)Chapitre 133 sur 180 · Mawardi, Al ahkâm as sultâniya, Le Caire, p. 67 et s · texte numérisé non relu

Mawardi, Al ahkâm as sultâniya, Le Caire, p. 67 et s

fait exécuter les testaments, conclut les mariages, a la surveillance sur la bonne tenue des rues et cours, et sur les témoins officiels et les auxiliaires de la justice. On le voit, sans surprise, décider si des témoins véridiques ont bien vu le croissant de la lune nouvelle et si le mois a commencé, fait capital en ramadhan.

Mais sa fonction essentielle est de rendre la justice civile et criminelle, suivant le Coran et la tradition, en se couvrant, s'il est nécessaire, de l'autorité des juristes. Il y a en effet une sorte « d'opinion publique » juridique, et le câdi, s'il hésite, peut demander une consultation, une fetwâ, à un juriste : cette coutume d'allure romaine sera confirmée et complétée plus tard par l'institution d'un juriste officiel, le mufti. En effet, bien que les auteurs énumèrent les qualités requises d'un câdi : jugement, liberté, islam, droiture, science du Coran, des hadiths et du droit, le câdi n'est point toujours un savant; c'est souvent un homme simple, estimé pour la droiture de son caractère. Ce type de câdi, que l'on retrouvera classique en Espagne, est bien complété par un juriste de profession.

Quand le câdi est un homme de loi, l'étude de la « science » le place dans une posture particulière d'indépendance en face du souverain qui lui a délégué son pouvoir. La « morale en action » nous montre le calife respectueux de la décision du câdi, qui a rendu sentence contre lui. Ailleurs, on voit Haroun ar Rachid harceler le câdi Abou Youssef pour qu'il lui procure des moyens solides de tourner la loi. Le pouvoir respecte le câdi; et il faut des circonstances exceptionnelles pour que sa liberté et sa vie soient menacées. Mais la responsabilité du câdi est énorme :

l'exercice de la justice l'expose constamment à commettre une injustice dont il devra rendre compte au jour du jugement. Tout le monde sait que l'enfer sera peuplé de câdis. Des juristes prudents ont donc persisté à refuser cette charge redoutable : il y a d'ailleurs dans ce refus préalable de la charge de juge une sorte de geste rituel, qui, comme tant d'autres, se répète trois fois.

En principe, la fonction de câdi est gratuite et ne doit être rémunérée par aucun salaire1. Quand les Abbassides y ont attaché un traitement honorable, des gens scrupuleux l'ont repoussé et ont continué à exercer un métier manuel qui assurait leur indépendance. Mais, pour la plupart, les câdis acceptent les dons du souverain ou les revenus des biens de mainmorte qui leur sont attribués, sans renoncer aux cadeaux des parties, qui font l'objet de nombreuses anecdotes de la morale familière2 : il n'en faut point conclure pourtant que la justice de l'Orient musulman au moyen âge fut plus vénale que celle de l'Occident chrétien; l'une et l'autre ont leurs tares. Vêtu du costume noir à la couleur abbasside, haut bonnet ou haut turban avec le long voile des juristes, le câdi juge d'ordinaire à la mosquée, parfois dans sa maison; il n'y a point d'édifice pour le tribunal. Le câdi a un secrétaire (kâtib) et aussi un vizir, qui le supplée. Certains de ses pouvoirs sont délégués à des juges locaux (hukkâm) qui sont sans doute des magistrats rendant la justice administrative, extracoranique.

C'est sous les Abbassides que se développe le rôle

Page 1