Tabari, Annales, III
Hist. du Monde 26
sa forte organisation n'exclut pas quelque fantaisie dans le service. Al Mahdi, ayant reçu d'Espagne une lettre insolente, fait dicter par un confident de hasard une lettre d'injures brutales : il est ravi et récompense l'auteur1.
Le bureau de la correspondance s'attache déjà à des formules et à des usages protocolaires de papier2. Al Motawakkil fait écrire à la Mekke, à propos de la querelle constante sur la date du sacrifice, une lettre sur papier jaune, qui voyagera selon les rites de l'envoi d'un mandement califien jusqu'à la ville sainte3.
Les bureaux peu nombreux de l'Empire omeyyade s'étaient formés des débris des anciens bureaux byzantins et sassanides. Pour satisfaire aux milieux dévots, les califes omeyyades avaient paru décidés à arabiser et à islamiser leurs bureaux; mais ce n'avait été qu'une apparence. La conversion des tributaires sembla réaliser la réforme sans effort; elle créait d'un coup une bourgeoisie néomusulmane cultivée, dont on trouve des représentants dans toutes les branches de la littérature et de l'érudition. On comprend mal qu'elle n'ait pas suffi à fournir au califat abbasside les secrétaires des bureaux de son administration centrale et qu'une partie d'entre eux ait été encore recrutée dans les communautés si diminuées de chrétiens et de juifs qui subsistaient dans l'Empire. On ne saurait être surpris de trouver des employés Coptes dans les bureaux du Caire où les classes moyennes étaient restées chrétiennes; on comprend moins bien la présence d'agents chrétiens et juifs dans les bureaux de Bagdad. Peut-être leur situation