‹ Histoire du monde (volume 2)Chapitre 141 sur 180 · Tabari, Ann., III, 1470 et · texte numérisé non relu

Tabari, Ann., III, 1470 et

inférieure de tributaires permettait-elle au calife de compter plus complètement sur leur soumission et sur leur fidélité.

Les bureaux sont la suprême sauvegarde de la vie financière et politique de l'empire. Eux seuls peuvent réagir contre le gaspillage et le pillage, auxquels les gouverneurs de province se livrent aussi largement que le maître, et à son image. Le fonctionnaire honnête, consciencieux, préoccupé des intérêts du prince, est un être miraculeux, un saint, dont l'existence ne saurait être attendue dans le cours normal des choses. Le calife sent bien qu'il doit tenter de défendre sa caisse contre ses représentants dans les provinces; mais il ne trouve que deux méthodes : ou bien nommer lui-même les percepteurs de l'impôt et les mettre en conflit personnel avec leur chef, le gouverneur; ou bien destituer fréquemment ce dernier et lui faire rendre gorge, en confisquant ses biens. Il est à peine utile de noter que les deux méthodes sont également destructives de tout ordre économique et de toute règle de gouvernement.

Le gouverneur, simplement habile, qui restreint savamment ses pilleries, qui tond le peuple sans le faire crier, qui satisfait aux exigences du maître, et qui, par surcroît, veille à la prospérité de sa province, est une rareté, et les écrivains n'hésitent point à le comparer à El Hajjâj, dont la légende se forme et prend souvent allure d'une critique goguenarde de l'administration abbasside Le gouverneur moyen est un peu retenu par la crainte des bureaux de la capitale Il ne se sent pas tout à fait à l'aise pour «gaigner» sur le salaire de ses subalternes, sur les pensions et sur les dépenses locales : il lui faut établir des comptes qui sont apurés à Bagdad par plusieurs services. Sans

doute, il cherche à acheter ses juges, tout inférieurs qu'ils lui soient; mais ils sont d'accès difficile et en général honnêtes. Les gouverneurs hardis ne se contentent donc point des cadeaux dont les accablent les chefs indigènes et les particuliers. Ils volent, au sens précis du mot, et ils mettent le calife en tiers.

Un conseiller d'Haroun ar Rachid lui dévoile les moyens employés par un gouverneur de province, afin de se procurer les cadeaux magnifiques qui lui gagnent la faveur du maître : par exemple, il ordonne aux marchands de lui apporter des pierreries et des bijoux qu'il examinera à loisir; il les garde, en faisant la sourde oreille à toutes les réclamations. Ainsi renseigné, Haroun n'en continue pas moins à accepter les dons extraordinaires de son gouverneur du Khorassan, dont on lui a dénoncé cependant les pilleries1.

Quand El Motawakkil entreprend d'énormes travaux pour sa future résidence d'El Jafariya, qu'il n'habitera jamais d'ailleurs, on prévoit que les dépenses dépasseront très large ment les ressources du Trésor; ce sont des conseils de pure piraterie que le calife écoute et, en partie, .accepte de suivre, aux dépens, il est vrai, de leur auteur2.

Il n'y a donc aucune « moralité administrative » parmi les grands. Il est probable qu'il y en a des traces chez les fonctionnaires subalternes; sinon la machine gouvernementale n'aurait pas tourné si longtemps. Il y a une probité professionnelle des bureaux, une dignité, une tradition, qui date de bien loin, à travers les révolutions, et qui par le cadre maintient le tableau.

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