‹ Histoire du monde (volume 2)Chapitre 142 sur 180 · Tabari, III, 1437 et s · texte numérisé non relu

Tabari, III, 1437 et s

En observant simplement les règles, les bureaux sont les censeurs parfois ironiques des ruineuses fantaisies de leurs maîtres. Au cours d'une joyeuse nuit de 170 (786-787), le calife El Hâdi déclare donner trois cent mille dinars à l'un de ses commensaux favoris. Celui-ci, au petit matin, envoie son majordome réclamer la somme au grand chambellan du palais (hâjib). Celui-ci sourit : « Cela ne me regarde point, lui dit-il, va trouver le chef de l'ordonnancement (çâhib ai iawqï)\ qu'il te fasse sortir un titre pour le diwân; ensuite tu feras ceci, et puis cela, et encore cela ». Le majordome revient effaré faire son rapport à son maître qui comprend que les bureaux vont se moquer de lui et ne le paieront point. Il attend donc un moment favorable pour obtenir que le calife le fasse payer par le chef de sa cassette particulière (çâhib bail el mal el khâçça1). Car sur la cassette privée du maître, toutes les fantaisies sont possibles.

On a indiqué déjà comment elle était remplie2. En doctrine, le calife ne devrait payer sur le Trésor public, sur le baii mal al muslimin, « la Chambre des biens des musulmans », rien qui lui soit personnel. La littérature de morale en action a répété l'histoire du calife parfait, Omar I ou II, qui, ayant terminé les affaires de l'Etat, éteint le flambeau pris au « magasin national », pour en allumer un autre acheté de ses deniers propres; et le soufisme créera, sur un

1. Tabari, Annales, III, 589 et ^90. Toute valeur "econnue payable, oadesu ou autre, est versée par les agents du trésor sur présentation d'un bon (sikka); c'est sous cette forme qu'Haroun ar Rachid par exemple, distribue les objets précieux : bêtes de somme, esclaves, provisions, etc., provenant de la confiscation des biens de Mohammed ben Soleiman (voir ci-dessus, p. 347); que sous le règne d'El Wathiq, El Motawakkil demande qu'on lui règle sa pension (Tabari, Annales, III, 1371), etc.

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