Tabari, Ann., III
L'imâma abadite de Oman date des dernières années de la dynastie omeyyade, c'est-à-dire du milieu du vine siècle. Cet îlot de rebelles, embusqués sur la route des Indes, fut aussitôt une inquiétude pour les califes abbassides, qui donnèrent périodiquement l'ordre à leur gouverneur du Bahréin de les réduire à l'obéissance et au sunnisme. Bien que, dans l'Oman comme au Maghreb, la communauté abadite fût mal organisée pour la guerre et se débattît dans les querelles de la succession de l'imamat, sa soumission aux Abbassides ne fut jamais durable. A la finduixe siècle, les Cannâtes s'emparèrent de l'Oman, et il sembla que Palisme allait y recouvrir le kharijisme; mais, après des événements obscurs et désordonnés, l'Oman, au début du xi siècle, redevint indépendant et abadite.
Les groupements kharijites apparaissent d'ailleurs sur les points les plus dispersés de l'empire. En Arabie, au Yémâma, il y a vers 730 un embryon d'Etat, dont l'imam est abandonné par les fidèles comme indigne et dont la fin ressemble à celle du calife Othmân. La doctrine, d'apparence si simple et si précise, du kharijisme, se prête à toutes les interprétations hérétiques, sans que nul sache où est l'orthodoxie. Les principales sectes sont : les Azraqites, qui, redoutables un instant en Iraq, sont pratiquement détruits en 698; les Baihasiya, qui font peu parler d'eux; les Çofrites et les Ibadites, dont le rôle sera important en Oman et en Afrique.
C'est dans la vallée des deux fleuves que l'on voit surgir des bandes kharijites qui sont une inquiétude constante pour le gouverneur de l'Iraq. En 695, Hajjâj a grand peine à se débarrasser d'une faible troupe, très mobile, qui terrorise la région de Coufa et est
longtemps insaisissable. Les kharijites de Baçra sont les inspirateurs du mouvement yéménite qui permet à Abou Hamza de dominer Médine pendant trois mois. Il plaît, par les souvenirs du Prophète qu'il rappelle sans cesse, et par sa haine pour les Omeyyades ; mais son programme de réforme morale et sa campagne contre le vin et les chanteurs ne conviennent guère à la joyeuse cité; une armée de quatre mille Syriens rétablit l'ordre.
Il semble que les nouveaux éléments kharijites sortent des milieux de Coufa et de Baçra, anciens bédouins sédentarisé et islamisés sous Abou Bekr et Omar1. Ils vont, en tout cas, se retirer dans des provinces à peine touchées encore par l'islam, dans le Ahwâz, en Médie et en Fars. Dans les rangs des révoltés kharijites, comme dans ceux des Alides, les étrangers prirent d'ailleurs bientôt la première place. Il convient peut-être de remarquer que cette constatation est une naïveté : l'élément arabe dans tous les pays d'islam, hors de l'Arabie et du désert syrien, est en grosse infériorité numérique en face des indigènes non arabes. Mais partout aussi le séparatisme religieux est une forme de l'opposition ethnique et politique. Dès le fin du viiie siècle, le régime du protectorat indifférent, distant, qu'Omar avait, d'instinct créé dans les provinces conquises, se modifia très vite. Quand le mouvement des conversions se manifesta parmi les tributaires et qu'il s'étendit avec une rapidité à laquelle les vainqueurs ne s'attendaient guère, et qu'ils ne souhaitaient point, les nouveaux musulmans ne montèrent pas d'un bond au rang des conquérants; ils se rangèrent aux côtés des