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il a eu une influence indirecte, mais considérable, sur l'un des quatre rites orthodoxes, le moins populaire d'ailleurs, le hanbalisme; par l'intermédiaire de l'un des grands docteurs de ce rite, Ibn Téïmiya (m. en 1328), il a contribué à la formation du wahabisme.
Les doctrines alides, fatimides, chiites, tiennent dans l'histoire de l'islam une place bien plus étendue que celle dont s'est contenté le kharijisme. Elles sont cependant étrangères à la pensée arabe et à l'islam primitif ; alors que le kharijisme est un effort plus ou moins heureux pour maintenir celui-ci dans son intégrité. Elles sont nées d'ailleurs après le califat d'Ali. — Quand il a été reconnu à Médine comme « prince des croyants » , Ali a dû son élévation à son rang dans la communauté musulmane, dont il avait été l'un des premiers adeptes, et à son intimité avec le Prophète. Il devient calife, à son tour, et sans que son titre d'époux de Fâtima lui ait acquis un mérite exceptionnel. Sa nomination au califat reste dans la pure tradition arabe.
La bataille de Ciffin et ses conséquences mirent l'Iraq, ralliée à Ali, en opposition violente avec la Syrie, siège du califat omeyyade. Mais si l'on dit que l'Irôq fut alors chiite, il faut entendre ce mot en son sens primitif qui est chï a (parti) et ne point y retrouver des doctrines qui ne se formèrent qu'après la mort d'Ali.
Le chiisme classique attribue à la descendance d'Ali, en vertu d'une transmission mystique, la propriété exclusive de l'im êmat de la communauté musulmane ; or
c'est là une conception étrangère à la tradition musulmane. Elle n'est point sans doute contraire à la notion judéo-chrétienne de la continuité des missions des prophètes1, mais elle ne la rejoint que très partiellement. Il faut chercher le succès des doctrines chiites dans la survivance du fonds babylonien ,où la dynastie sassanide avait maintenu les traditions de la royauté sacrée, quasi-divine, et que faisait entrer dans la société musulmane la classe nouvelle des mawâli, tout d'abord composée presque exclusivement d'affranchis persans. Si l'on veut tenter de mettre quelque suite dans l'histoire du chiisme, il convient de rappeler ici un événement de la période omeyyade, qu'on a signalé à sa place et qui ne fut point sans conséquences, la révolte de Mokhtar en (85.
Il est difficile de distinguer si Mokhtar a été vraiment chiite, même de savoir exactement quels prétextes il a donnés à ses premières tentatives de révolte, jusqu'au jour où, dans les environs de Coufa, il réussit à assembler une armée. Dès lors, il se déclara le représentant du Mahdi, Mohammed ben Ali Ibn al Hanafiya, qui, d'ailleurs, ne parut point soucieux de confirmer le mandat que s'était attribué Mokhtar. Cette prétention est de grande conséquence : le Mahdi annoncé n'est point en effet descendant du Prophète; il n'est point le petit-fils de Fatima, mais d'une bédouine des Banou Hanifa ; il tire donc son pouvoir du seul Ali, son aïeul. Ainsi, d'un seul coup, Mokhtar, sans y songer, faisait surgir la matérialisation de la future doctrine, suivant laquelle Ali avait conservé en lui-même l'effluve sacré des Prophètes.
Le Gouvernement de Mokhtar à Coufa fut en même
1. Wellhausen a insisté sur ce poii t dans Oppos. Part., p. 91 à 93.
temps la première manifestation d'une société nouvelle. Sans doute, ce furent des personnages de l'aristocratie arabe qui en occupèrent les postes les plus importants; mais la masse de la population, sur laquelle Mokhtar chercha à appuyer ses prétentions, était composée, même dans les deux centres arabes de Coufa et de Baçra, de mawâli, c'est-à-dire d'anciens captifs, pour la plupart persans, qui tenaient en leurs mains tout le commerce et l'artisanat. La classe « moyenne » des mawâli se trouva, vers le même temps, renforcée par la conversion des indigènes. C'est sur elle, on le répète, que Mokhtar devait chercher appui; c'est avec eux qu'il constitua sa garde, dont le chef fut un des leurs.
Ce sont des troupes recrutées parmi les mawâli que l'on retrouve dans toute l'histoire de Mokhtar pour délivrer Ibn al Hanafiya, qui serait séquestré par Abd Allah ben az Zobair, et c'est au milieu d'elles qu'il périt en 687, dans un dernier combat contre Moç'ab Ibn az Zobair.
Ces événements modifient gravement les rapports des mawâli avec leurs anciens maîtres, qui comptaient conserver en eux des clients soumis. Ainsi, l'aristocratie arabe se déclare bientôt contre l'homme qui, en s'appuyant sur les mawâli, les avaient appelés à une attitude indépendante et guerrière, et ce fut l'une des causes de sa défaite. Elle ne lui vint point des Syriens, défenseurs du calife omeyyade, mais des Iraqiens commandés par le frère de l'anticalife de la Mekke, adversaire lui aussi des Omeyyades. Les gages que Mokhtar avait donnés aux Alides en mettant à mort tous les hommes qui avaient trempé dans le massacre de Kerbéla, ne suffirent point à lui assurer un parti solide.
Dans l'histoire primitive du chiisme, Mokhtar joue un rôle imprécis; et à côté de lui, il faut rappeler les doctrines d'Abd Allah ben Saba, un yéménite dont les adeptes vénéraient une chaise vide sur laquelle ils firent bientôt asseoir l'ombre d'Ali1. Ils vinrent se confondre avec les chiites des armées de Mokhtar et accordèrent leurs idées avec les tendances des mawàli persans et babyloniens, qui conservaient le respect d'une royauté d'allure divine.
La mission sainte de la famille alide semble être ignorée de ses membres, au moins leur être fort indifférente. Après le massacre de Kerbéla, ils ne paraissent avoir en rien le souci très humain et très arabe de venger leurs morts. Ils sont fort nombreux à Médine, et leur nombre s'accroît sans cesse. Ils y vivent sans histoire, vertueux et honorés, entre leur harem et la mosquée de leur aïeul. Il faut qu'une querelle d'intérêts s'élève entre les deux branches rivales, l'une issue d'Al Hassan et l'autre de Hosséin, pour que quelques-uns quittent la cité du vin et des chanteuses pour aller discuter leurs intérêts... devant le calife omeyyade. Par un étrange destin, l'un deux, Zaïd ben Ali, termina ce voyage d'affaire par un soulèvement de mawàli en Iraq où il trouva la mort.
Pour essayer de comprendre la comédie politicoreligieuse de l'avènement des Abbassides, il faut se souvenir de la diversité des doctrines et des pratiques qui se partageaient les populations en Orient avant la conquête arabe. Celle-ci les avait respectées par indifférence, et les vaincus restèrent occupés de querelles dogmatiques dont beaucoup d'entre eux n'apercevaient que la surface. En se convertissant en larges