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groupes à l'islam, ils conservaient la variété de leurs tendances et ils accrurent encore l'incertitude doctrinale qui se manifestait déjà dans l'enseignement coranique. C'est dans ce désordre que la légende de Mohammed commence à se former en même temps que celle d'Ali. Il n'est point surprenant que les nouveaux venus aient mal distingué la famille Alide de la famille hachémite et qu'une formule ambiguë de vénération pour la famille du Prophète ait campé la doctrine du califat légitime en face de la dynastie maudite des Omeyyades.

Grâce à l'habileté d'Abou Moslim, elle se développa au vme siècle, parmi les populations arabes du Khorassan, que les mariages indigènes et l'ambiance avaient iranisés. Elle se répandit autour d'eux, parmi les populations iraniennes qui venaient en masse à l'islam, mais qui conservaient les traditions des dynasties sacrées. La propagande dressa contre les Omeyyades, mécréants et usurpateurs, tous les musulmans qui, à l'opposé des kharijites, réclamaient un calife de la famille du Prophète : les uns comprenaient qu'il s'agissait d'un membre de sa descendance directe, c'est-à-dire de celle d'Ali; la masse était toute prête à accepter un Hachémite quelconque, par exemple un descendant d'El Abbâs, l'oncle du Prophète, dont on fabriquait alors la pieuse biographie. Les Arabes et Arabisés de l'Iran, les Khorassaniens d'Abou Moslim, n'eurent point de peine à imposer à l'Iraq le calife abbasside, dont ils restèrent les fidèles gardiens contre les réactions alides, qui ne manquèrent point de se produire en diverses provinces de l'empire et qui s'y développèrent par la suite.

Elles se combinent aisément avec les anciennes aspirations des peuples, pour aboutir à des manifes-

tations dont on serait fort embarrassé de préciser le caractère. Au vme siècle, et aussi pendant les suivants, les peuples du proche Orient et particulièrement les Iraniens, restent travaillés par l'attente vague d'un bouleversement social, au cours duquel un personnage providentiel et quasi divin conduira l'humanité à un bonheur général et définitif. Pour préparer sa venue et pour soutenir sa mission, ses adeptes s'unissent en une confrérie mystérieuse, dont l'organisation un peu sommaire d'abord se précisera, chez les Fatimides, Garmates et Assassins, en un édifice savamment construit à plusieurs étages d'initiés. Il arrive que les manifestations publiques de ces groupes d'initiés se confondent, d'une façon passagère ou durable, avec la propagande alide et avec l'avènement d'un Fatimite au pouvoir. Mais il arrive aussi qu'elles y sont en réalité étrangères, qu'elles ne s'y rattachent que par une apparence, ou même que par une fausse appréciation des faits. Leur but reste celui du mouvement mazdakien (fin du ve siècle), communauté des biens et des femmes, anarchie bienheureuse sous le règne absolu et amorphe d'un être prédestiné. Leurs mouvements se trouveront servir la déception et la rancune des Alides, dupés par les Abbassides.

En 755, Sinbad le Mage annonce le retour d'Abou Moslim, qui a échappé à l'assassinat en prononçant le Grand Nom de Dieu; c'est aussi la position que prend Ishâq le Turc. En 758, apparaissent autour de Bagdad des fanatiques, des Bawandiya qui prétendent contraindre le calife Al Mançour à se reconnaître émanation divine et à se laisser adorer. Comme il résiste et emprisonne les plus agités, des éléments Alides appuient leur révolte, par haine des Abbassides.

Al Mançour descend dans la rue à pied avec ses Khorassaniens et réprime brutalement le désordre1.

Après Ustadhsès (766-7G8), Al Muqanna', le « Voilé » (777-780), paraît s'être donné comme la réincarnation d'Abou Moslim, dernier chaînon de la grande suite de prophètes et de « saints » qui commence à Adam2; en même temps, il reprit les doctrines communistes de Mazdak.-Babek.-Al Khurrami3 (8 6-838), fut l'un des grands dangers du califat d'Al Mamoun et d'Al Motacim. Reproduisant l'âme de son maître Jawidân, et réalisant une union si intime avec Dieu qu'il se confond avec lui, il donne déjà, dans l'étrangeté de son attitude et de sa doctrine, la formule future du soufisme. Enfin vaincu et pris par Afchin, massacré sur l'ordre d'El Motacim, il semble avoir attiré à lui son vainqueur. Accusé de zoroastrianisme, de zindiqiya, Afchin fut lui aussi condamné et livré à la mort lente, après un essai de poison (84 ; ).

En 850, on voit arriver à Bagdad un homme de Nichapour, auquel l'ange Gabriel a transmis la révélation d'un livre et qui est le prophète Zou 1 Qarnéin, cité dans le Coran. Des gens croient en lui et le suivent, mais le renient à l'heure du danger; on les tue tous4.

1. Plus tard, Al Mançour reconnut qu'il avait craint pour lui le pire : désormais, il y aura toujours, près des appartements du calife, un cheval sellé (Tabari, Ann., III, 130; Browne, Hist. Persia, 317, etc.

2. Il professe la transmigration des âmes, dit Tabari (III, 484).

3. Les historiens arabes désignent par ce mot toutes les sectes qui reprennent à leur compte les doctrines de Mazdak; il vient, soit du nom de la femme de Mazdak, soit de celui d'une ville de l'Azerbaijan. Ils l'appliquent aussi aux Chiites exagérés, aux Ghulât (voir Browne, p. 313 et Mûller, I, 505). Le supplice de Babek fut un grand spectacle, dont le souvenir fut durable; en 870, on connaissait toujours « le pilori de Bâbek » (Tabari, III, 1830, 7).

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