Tabari, Ann., III
Sous la dynastie abbasside, l'intérêt pour la terre se manifeste chez le souverain lui-même; il donne l'exemple fructueux de la revification de grands domaines du Sawad, qui depuis longtemps incultes étaient remis en culture par une main-d'œuvre en général servile, et fournissaient des revenus considérables. Il apparaît, d'autre part, que les changements économiques avaient, dès la période oméyyade, préparé l'exode des campagnes vers les villes de l'Iraq; et le calife put largement récompenser les services ou faire étalage de générosité en accord ant des dotations foncières étendues à des personnages qui installèrent sur leurs terres des colonies d'esclaves gouvernées par des hommes d'affaire (wakil) ou des affranchis (mawlâ).
La vallée des deux fleuves entre Bagdad et Baçra se trouva cultivée à la fin du ixe siècle, par des Zenj, c'est-à-dire par des nègres de la côte orientale d'Afrique (Zanguebar), ramassés par les populations islamisées dans des razzias systématiques sur les peuples « infidèles » et amenés par les marchands d'esclaves musulmans sur les marchés de l'Iraq. Il importe de retenir que le ixe siècle trouva en pleine activité le commerce des esclaves, qui, à l'angle nord-est de l'Afrique, continuera plus tard à être la grande fabrique des eunuques noirs1, sera en pleine prospérité pendant la période moderne et n'a point entièrement disparu.
Dans ces vastes établissements agricoles, d'où le maître est absent et qui sont conduit par des subalternes beaucoup plus rudes que celui-ci, l'esclavage cesse d'être l'institution familiale, très acceptable, dont