LE MONDE BYZANTIN DU VII* AU XI* SIÈCLE
Jusqu'à la fin de la dynastie macédonienne (1057) Le schisme (1054)
Sous le règne de Basile II (976-1025), on peut dire que le prestige de la Constantinople médiévale a atteint son apogée. L'empereur a guerroyé en pleine Syrie (995-6), il a fini par rattacher l'Arménie à l'Empire (1022). Le Khalifat de Cordoue, le Khalifat fatimite du Caire, le Khalifat de Bagdad, tombé dans la dépendance des Bouides, ne réagissaient plus : à l'est seulement, un pouvoir nouveau s'élevait dans le monde musulman, celui du Turc Mahmoud le Ghaznévide, mais il était tourné tout entier vers l'Inde. A l'Occident, Basile II maintenait dans le devoir les Apuliens, révoltés contre les abus de pouvoir de la bureaucratie byzantine, les battait à Cannes (1018), et bravait l'intervention de l'Empereur allemand Henri II. Il pouvait consacrer ses principales forces à lutter contre le Bulgare, de nouveau redoutable sous la direction du tsar Samuel. Après une série de campagnes dans lesquelles il gagna le surnom de « Bulgaroctone » il finit par écraser l'ennemi à Kimbalougon (1014), annexa la Bulgarie, rétablit l'autorité impériale dans toute la péninsule des Balkans, laissant seulement les peuplades de la Dalmatie à son alliée Venise. C'est désormais sur le Danube, en Roumanie, en Crimée, que l'Empire affrontera les Petchèngues, seuls voisins non-chrétiens qu'il rencontre désormais dans ces parages.
Si haut était le prestige légué par Basile à sa dynastie, qu'elle résista aux orages et aux scandales du gouvernement de Zoé et de ses trois époux successifs (jusqu'en 1057). Heureusement pour Byzance, les peuples nouveaux, qui allaient relayer les Arabes dans le monde de l'Islam, Turcs et Maures, en étaient encore à la période d'incubation. Mais cette éclipse momentanée du péril musulman allait relâcher les liens entre chrétiens et provoquer la
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rupture avec l'Occident. C'est de l'Occident, il faut le dire, que vint l'initiative. Les Normands français avaient fait leur apparition dans l'Italie méridionale, et, à partir de 1042, leurs progrès continus posèrent la question du rattachement des diocèses du pays au siège romain, dont Léon l'Isaurien les avait séparés. C'était le moment où, sous l'impulsion du moine clunicien Hildebrand, le pape Léon IX s'essayait dans la r sistance au pouvoir temporel : il était normal qu'il commençât par l'empereur lointain de ( onstantinople avant de se heurter au César germanique. Or, le gouvernement féminin de Zoé avait naturellement laissé prendre au clergé grec une indépendance que les empereurs macédoniens n'auraient pas tolérée, et le patriarche Michel Kéroularios n'était pas homme à se montrer conciliant : il sentait derrière lui, non seulement son clergé, mais le public lettré de Constantinopie, en tête l'illustre Michel Psellos, le restaurateur des études platoniciennes. Les légats du pape furent éconduits, et partirent en anathémisant le patriarche de Constantinopie (1054). Cette fois le fossé était creusé : plus jamais un concile ne devait réunir Grecs et Latins, ou du moins faire reconnaître son autorité des uns et des autres.
Non seulement l'Italie, l'Espagne, la France, l'Angleterre, l'Allemagne, mais encore les pays Scandinaves, hongrois, et slaves de l'Ouest (Bohémiens, Polonais, Croates) restèrent firèles au pontife romain. Byzance n'entraîna dans le schisme, outre les Grecs de Grèce, de Thrace et d'Asie-Mineure, que les i ulgares et les Russes, chez lesquels le clergé dépen< ait étroitement du patriarche de Constantinopie. Le public laïque, cans ces pays, ne se rendit pas compte immé< iatement ce la gravité de la rupture. Les princes ce Kief, qui voyaient combien dans leur pays le paganisme était encore loin d'être extirpé (les prêtres chrétiens étaient encore insultés à Novgorod auxie siècle), avaient toujours cherché des alliances occidentales, et c'est ainsi que Iaroslaf le Grand (mort en 1054) avait eu pour gendre un roi de France : ces alliances matrimoniales ne cessèrent pas après le schisme de Michel Keroi.larios. Mais peu à peu, même dans ces régions lointaines, les effets du schisme se firent sentir.
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Ainsi l'Europe, à peine constituée, se trouva mutilée par l'acte de Léon IX et de Kéroularios, etlesconséquences furent graves en face de l'adversaire musulman. Une forte partie des populations orientales a été perdue pour la civilisation européenne alors naissante, et ce pour des siècles, — on pourrait même dire (et ce ne sont pas les événements d'hier qui nous démentiraient) à jamais.