‹ Histoire du monde (volume 2)Chapitre 34 sur 180 · Wellhausen, l. c, p · texte numérisé non relu

Wellhausen, l. c, p

légende musulmane a réuni sur lui tous les caractères du calife parfait à la manière des rachîdin : nous le trouvons ainsi bien artificiel, d'une piété étroite, et un peu fatigant par son goût pour les vagues homélies.

Wellhausen y voit un souverain, pieux sans doute et même bon, mais réaliste et habile à manier une casuistique juridique toute romaine Omar, selon Wellhausen, annule les décisions pratiques d'Al Hajjâj,tout en confirmant la doctrine du domaine éminent de l'Etat musulman sur la terre conquise; mais il semble qu'il ait cessé d'en reconnaître la possession aux individus, pour la rassembler aux mains de groupements ruraux, de communes qui ne pourraient point en être dépouillés, mais qui seraient tenues solidairement du paiement de l'impôt foncier. Omar passe donc l'éponge sur le passé, mais pour l'avenir il interdit la vente des terres de kharâj à des musulmans. Quand un indigène, membre d'une communauté rurale se convertissait à l'islam, il conservait matériellement sa terre; mais il semble qu'elle commençait par revenir à la commune qui la lui rétrocédait, moyennant une location qui équivalait au kharâj, toujours dû au fisc par la commune. Pratiquement le nouveau converti se trouvait payer le kharâj et la çadaqa c'est-à-dire plus qu'avant sa conversion. Ce n'était pas un moyen d'arrêter le mouvement des campagnes vers la ville, où l'ancien rural débarrassé de sa terre et de ses impôts, n'aurait plus à payer qu'une çadaqa citadine et pourrait obtenir son inscription sur la liste des pensions1. On verra que sous les Abbassides, les grandes

1. Les difficultés que soulève l'attitude d'Omar sont particulièrement aiguës au Khorassan, dont le gouverneur Jarrâh proteste; on voudrait pouvoir traduire le réci de Tabari (Ann. 11.1354), utilisé d'ailleurs par Wellhausen.

LES CALIFES OMEYYADES 203

villes, Bagdad en particulier, sont envahies par une populace de déracinés, qui est une cause constante de pilleries et de troubles.

Si telle est bien la doctrine d'Omar ben 'Abd Al Aziz, elle ne paraît point avoir duré. Après lui, on revint à celle d'Al Hajjâj : on admit désormais la distinction entre la taxe de capitation (jizya) dont leur conversion dispensait les indigènes et le kharâj, impôt du sol, qui y resta attaché, quel qu'en fut le possesseur. On fit remonter à Omar ben Al Khattâb ce système, afin de lui donner de l'autorité. D'ailleurs dans l'application, il y eut toujours du flottement.

On pourrait prendre pour exemple le cas des Sogdiens de Samarkand, dont un historien raconte les aventures. Ils se convertirent, et on les dispensa de l'impôt, complètement, semble-t-il. Mais le gouverneur, en voyant sa caisse vide, constata que les Sogdiens ne s'étaient point convertis par conviction, mais seulement pour échapper aux taxes, et il donna l'ordre à son 'âmil de n'en dispenser que ceux qui s'étaient fait circoncire, qui suivaient les prescriptions de la loi musulmane, dont, en un mot, l'islam était solide, et qui pouvaient réciter du Coran. Nouvel ordre du gouverneur qui prescrivit de réclamer l'impôt à tous ceux qui le payaient avant leur conversion; d'où révoltes, supplices. Les faibles payèrent, mais les gens du Sogd et de Boukhara répudièrent l'islam et demandèrent secours aux Turcs1.

C'est sous une forme bien confuse, on le voit, que nous apparaît, le régime de l'impôt foncier dans les provinces centrales de l'Empire musulman, celles où l'immense majorité des indigènes a été, dès l'abord,

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