Tabari II, 1507 à
considérée comme des dimmL Les conquêtes plus récentes et lointaines avaient posé la question d'une manière différente. Elles avaient atteint des populations païennes qu'il fallait soumettre à l'islam ou exterminer. Les vainqueurs se réservaient, dans les femmes et les enfants, un lot considérable de captifs qui renouvelaient le stock d'esclaves au travail desquels le monde musulman s'habituait de plus en plus. Omar ben 'Abd al 'Aziz insistait énergiquement pour que ces expéditions fussent vraiment du jihâd, et non point de pures razzias. On devait s'efforcer de convertir les indigènes, qui ne seraient soumis qu'aux impôts des musulmans : c'est dans cet esprit qu'il fit rendre à un peuple berbère des jeunes filles qui lui avaient été envoyées comme tribut. Il s'efforçait donc, non sans habileté, de concilier la justice avec les traditions et les contingences d'un état social en formation : tâche difficile où s'usa la dynastie omeyyade.
Il est donc aisé d'énumérer les ressources financières de cet Etat; l'impôt coranique, zakâ ou çadaqa, payé par les musulmans sur les biens meubles; l'impôt de capitation, jizya, dû par les « gens du livre », les dimmi, non convertis à l'islam; l'impôt foncier, kharâj, qui persiste sur les terres conquises, quel qu'en soit le propriétaire; enfin le butin pris sur l'ennemi, dont l'importance diminue. La perception de ces impôts a lieu régulièrement, soit que l'on profite de l'expérience acquise depuis le Prophète par la levée de la çadaqa, soit que persiste le cadre solide de l'administration financière des Bysantins et des Sassanides. Mais les troubles de l'Etat et les pilleries des fonctionnaires empêchent que le calife ait un excellent budget de recettes. Le calendrier solaire
LES CALIFES OMEYYADES 205
malgré le caractère sacré du calendrier lunaire décrété par le Coran, s'est imposé à l'administration des finances.
Ces taxes, qu'il est convenu d'appeler légales, n'étaient point les seules à peser sur les populations. A la conquête, les Arabes avaient trouvé, particulièrement dans les provinces bysantines, une variété de taxes locales, dont ils ne s'étaient point soucié, mais qui avaient continué à être perçues : droits de marché, entrée dans les villes, douanes dans les ports, droits sur les marchands étrangers, sur les moulins, péages de routes et de ponts, etc. On les retrouvera dans la vie fiscale de l'Etat abbasside. Les bons califes les ont eu en abomination : Omar ben 'Abd al Aziz avait inscrit leur suppression en tête de son programme de reconstitution matérielle et morale de la communauté musulmane1. Elles n'en ont pas moins subsisté.
L'empire arabe avait conservé l'usage des douanes intérieures qu'avait établies la fiscalité bysantine. Les marchandises transportées qui passaient à a portée du percepteur étaient frappées d'un droit de 2,5 % pour les musulmans, de 5 % pour les tributaires et de 10 % pour les étrangers; les musulmans qui avaient déjà payé sur elles la dîme en étaient exonérés. D'après un historien, Ibn az Zobaïr avait interdit de tendre des barrières et des cordes sur les rivières et les routes pour arrêter les voyageurs et les contraindre à payer la taxe2.
En somme, l'islam avait conservé pour ses fidèles
1. Wellhausen, Ar. Reich, p. 189; Becker : Omeyyâden, p. 31. Voir ci-dessous p. 345.