Voir Abou Yousset, kilâh al kharâj, p. 204 et
une fiscalité propre, la çadaqa et le butin, et pour le reste, elle avait maintenu les taxes établies par les empires auxquels les Arabes se substituaient. Les « Barbares » de l'Occident agirent de même.
L'emploi des recettes ne manque point d'originalité. On a dit déjà que l'impôt musulman était affecté à des dépenses d'aide sociale, à la guerre sainte et au souverain. Mais l'essentiel des produits, ceux de l'impôt foncier et de la taxe de capitation forment le butin de la communauté musulmane, au même titre que les dépouilles des vaincus : ils appartiennent aux combattants du jihâd et à leurs familles, dans le présent et dans l'avenir II ne s'agit donc point seulement d'une solde en nature, telle que l'avait connue l'armée romaine de l'Empire1, mais d'un butin dont chaque guerrier doit prendre sa part. On a dit déjà comment, devant les difficultés du partage, Omar avait, suivant la tradition, créé le diwân de l'armée. Il était devenu impossible de maintenir l'organisation embryonnaire de la çadaqa versée en nature. Si les parcs et les magasins continuaient d'exister, l'usage de la monnaie, à peine connue à Médine et à la Mekke , s'imposait dans des régions où elle était depuis longtemps courante : le partage en nature ne disparut pas, mais il devint de plus en plus rare.
Le calife concentrait donc entre ses mains les produits de l'impôt-butin : les répartissait-il par portions égales entre tous les combattants ? Il semble que le caractère démocratique de la communauté musulmane y devait conduire logiquement ; mais
1. On n'a pas insisté sur la perception des impôts en nature ou en argent, parce que la question reste trouble. Sur elle et sur la répartition des produits en nature, il faudrait établir la comparaison avec Rome et voir Ferd. Lot. Fin du monde romain, p. 65.
il y eut, dès l'époque d'Omar, une hiérarchie religieuse des musulmans : au sommet, la famille du Prophète, puis les représentants de ses premiers adhérents suivant une division chronologique, enfin la masse musulmane actuelle C'était suivant ces catégories que le produit de l'impôt était réparti sous forme de pension suivant une progression qui semble avoir persisté. Mais le montant de la subvention minimum, que la tradition attribue à Omar bel Al Khattâb, reste en réalité à la volonté du calife. Walid II l'élève de dix à vingt dirhems; il supprime le droit à la pension pour certains individus, quitte à la rétablir ensuite1. Le calife a donc, grâce aux pensions, un moyen d'agir sur ses sujets. Il convient de distinguer celles qui sont versées aux non-combattants et celles qui constituent le solde des troupes en campagne : on aura l'occasion d'en reparler.
Les nouveaux convertis allaient-ils participer à ces pensions ? Il faut rappeler qu'elles représentent la part du butin mobilier et immobilier qui revient à chacun des combattants de la guerre sainte et à leur famille; sans doute, elles ont pris l'aspect d'un partage des dépouilles des vaincus entre les membres de la communauté musulmane suivant leur importance sociale; mais le principe reste entier. On peut assimiler complètemçnt les nouveaux convertis aux anciens combattants, et les accueillir dans les camps, qui ont d'ailleurs grand besoin de soldats, et par conséquent les inscrire sur les registres du diwân de l'armée1. On peut aussi les éloigner des camps et leur refuser les pensions, et on les maintenait ainsi dans leur situation de plèbe musulmane. Entre ces