Wellhausen, Ar. H. p
solutions contraires, il semble que, suivant l'usage on n'ait point résolu la question et qu'il y ait eu seulement des cas d'espèce. En général, les mawâli sont entrés dans les armées omeyyades, y ont été traités en inférieurs, y ont mal servi et ont contribué à la castastrophe.
Dans les difficultés et les incertitudes de cette législation des terres et de l'impôt, ce qui frappe le plus nettement, c'est l'impossibilité d'en rester à la loi coranique. Le livre saint avait créé les finances en une organisation de bienfaisance, dans laquelle, sauf la septième part attribuée au Prophète, donc au calife, l'impôt musulman donnait aux pauvres l'excédent du revenu des riches. En face de cette conception évangélique, le Coran maintint le partage bédouin du butin entre les combattants avec un cinquième pour le chef, donc le calife; ce qui est d'un tout autre esprit. Après la conquête, il fallut bien organiser le butin, surtout le foncier; le calife réglemente sur des bases inconnues, les soldes et les pensions. Il y eut deux classes d'hommes : les Arabes musulmans qui ne versaient que l'ancienne çadaqa avec le maintien de ses emplois bienfaisants et recevaient les produits du butin, qui payaient peu et touchaient beaucoup; et les non-musulmans tributaires qui avaient pour mission de travailler et d'entretenir les premiers. L'équilibre était déjà instable; le jour où les tributaires se convertirent, il fut tout à fait rompu, et la dynastie omeyyade en mourut1.
1. Au point où on en est, les nouveaux convertis ont leur part des produits de l'impôt foncier qu'ils continuent à payer. La théorie du butin s'effondre : on est en face de l'impôt et de la solde de l'armée.
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Le calife concentre donc entre ses mains les produits de l'impôt des tributaires et après avoir payé un certain nombre de dépenses, il les distribue à l'aristocratie conquérante. En pratique, les gouverneurs des provinces prélèvent les frais de perception, les pensions des combattants de la province et la solde de l'armée, quelques dépenses militaires, leurs « profits » personnels, et ils envoient ce qui reste au calife. Il semble bien que, sous Othmân, les « provinciaux » avaient déjà prétendu que c'était un abus, que le calife devait se contenter de sa part sur le butin et sur la zakâ et de ses revenus personnels, et que l'intégralité des impôts des tributaires de chaque province devait y être dépensée; ce fut un grief invoqué contre Othmân qu'il dilapidait avec Marwân les excédents provinciaux. - — Les califes omeyyades maintinrent leur pouvoir supérieur de disposer du kharâj C'est pourtant un mérite pour le vertueux 'Omar ben 'Abd al 'Aziz d'y avoir renoncé. Le calife écrit au gouverneur du Khorassan en lui proposant de lui envoyer de l'argent pour parfaire les soldes et pensions : le gouverneur répond qu'il y a un excédent Le calife ordonne qu'il le partage entre les « gens dans le besoin1 ».
Il faut redire, qu'il n'y a aucun budget prévu pour les dépenses productives et que les travaux d'intérêt public sont exécutés soit par les particuliers « pour la face d'Allah », soit par les associations qui s'en acquittaient sous les régimes antérieurs, soit par ordre
l.Tabari, Ann. 11.1366; Wellhausen, Arab. Reich, p. 186, et Oppos. Parleien, p. 76.
Hist. du Monde 14
du calife ou d'un gouverneur sur des fonds arbitraires. Il n'y a d'ailleurs rien qui distingue ici le régime musulman de celui de l'empire romain
Dans les pages qui précèdent, on n'a fait que mentionner l'existence d'une catégorie de terres qu'il faut bien appeler le domaine de l'Etat, quoique le terme soit ici trop précis, c'est-à-dire les habitations et les domaines fonciers ayant appartenu au souverain bysantin ou sassanide, ou abandonnés par les propriétaires qui avaient fui devant l'invasion : les uns et les autres étaient à la disposition du calife. La tradition du Prophète ne le préparait point à une telle richesse terrienne : Mohammed avait connu, à l'imitation de l'antéislam, le territoire commun, jadis sacré, le himâ, où il conservait au pâturage les chameaux et tous les produits provenant de la çadaqa, jusqu'au jour où ils en sortiraient soit en cadeaux, soit en armements pour la razzia sainte Les parcs califiens n'avaient fait que se développer sous les Omeyyades, avec l'accroissement du butin et surtout du kharâj : mais c'était bien peu de chose dans l'étendue des terres confisquées.
La tradition rapportait encore que le Prophète, dès ses premières « victoires » sur les Juifs de Médine, avait donné des terres à ses compagnons, et ses successeurs, les califes rachîdin, l'avaient imité. Il ne semble point qu'il s'agit de donations, au sens précis du mot. Les revenus des terres, qui étaient cultivées, sans doute, par des tributaires ou par des esclaves, auraient dû revenir à la communauté musulmane : ils appartenaient aux bénéficiaires de la « donation (iqtâ') », qui n'avaient à verser que la çadaqa. Ce fut une faveur qu'Othmân accorda à mainte reprise et qui excita de dangereuses jalousies.
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Moawia, gouverneur de Syrie, y avait occupé des terres domaniales ou abandonnées et en avait concédé les revenus à des membres besogneux de sa famille ; 'Abd al Malik fit de même Mais dans tous les cas, le domaine éminent de la communauté musulmane restait intact, et si ce principe avait été solidement maintenu, les terres concédées auraient été, sans conteste, des terres tributaires, soumises au kharâj.
De la nature même de la « donation foncière », de la qatïâ (plur. qatâ'i), on a une notion plus obscure encore que du régime des terres en général. Les personnages qui reçoivent ces dotations sont des musulmans, en général de haut rang, qui bénéficient déjà d'une pension; je ne sais si elles s'ajoutent à celle-ci, ou si elles constituent une sorte de pension extraordinaire et hors série. On pense que la doctrine foncière n'a point pour effet d'installer le titulaire dans un domaine, qu'il habitera et dont il dirigera l'exploitation : les Arabes n'ont point de goût pour la terre; mais il semble que la dotation peut s'adapter à deux cas différents : soit celui que l'on a indiqué ci-dessus, un domaine déjà exploité par des tributaires, soumis à un kharâj qui pourra être le maintien d'une ancienne redevance et que le concessionnaire touchera aux lieu et place du calife; soit celui de terres incultes où le bénéficiaire établira des colons libres ou esclaves1, et se trouvera plus étroitement mêlé à l'exploitation du sol. Quoi qu'il en soit de ces débuts
1. Au Yamàma, un grand domaine est occupé par Moawia, qui le fait cultiver par quatre mille esclaves. Les Kharijites s'en emparent et maintiennent l'exploitation, en en réservant les revenus à la communauté kharijite (Wellhausen, Opp. Part., p. 30). - — Le calife Hichâm, qui fait exploiter de grands domaines en Iraq, n'est pas toujours d'accord avec son gouverneur, Khâlid el Qasri, sur la limite de ses droits : le calife exige que ses récoltes soient vendues les premières, avant que les cours ne baissent (Tabari. Ann. 11.1658).
de la « dotation foncière » qui ressemble si heureusement aux redevances que les chefs barbares d'Occident se faisaient donner, sous diverses formes sur les terres conquises1, c'est une situation qui se développe singulièrement au cours de l'histoire des pays musulmans, et qui, dès l'époque omeyyade, joue un rôle important dans leur vie économique8.
L'armée.
On vient d'essayer de comprendre le régime des terres et celui de l'impôt, et constamment on a vu qu'ils étaient liés à l'organisation de l'armée. Elle aussi s'est entièrement modifiée à la suite des conquêtes et désormais son sort sera intimement lié à celui de l'impôt.
Jusqu'à la fin du vne siècle, les armées arabes gardent leur élan belliqueux, et en trouvent la large récompense dans le butin ramassé dans les campagnes, et dans le revenu solide de l'impôt des tributaires distribué en pensions. Mais bientôt, beaucoup parmi les Arabes qui avaient parcouru les provinces de l'Empire, s'y mariaient, s'y fixaient, et ne se sentaient plus disposés qu'à un service momentané et territorial. Or, au vnie siècle, le calife devait faire tête de toutes parts : à l'intérieur, soulèvements kharijites, alides, coptes, kurdes, iraniens, bientôt abbassides; à l'extérieur, la guerre bysantine, et déjà