‹ Histoire du monde (volume 2)Chapitre 38 sur 180 · Ferd. Lot. Fin Empire romain, p · texte numérisé non relu

Ferd. Lot. Fin Empire romain, p

2. On a vraiment peur d'une interprétation anachronique, quand on voit Wellhausen (Ar. R. p. 217) penser que le calife Hichâm concède en qaWa des pensions militaires, pourvu que le titulaire ait combattu ou ait envoyé un représentant à l'armée. (Gonf. pour les Mameluks, ma Syrie, introd. p. 45.)

LES CALIFES OMEYYADES 213

vers l'est la défense contre les Turcs. Il essayait encore d'envoyer quelques renforts à la petite troupe qui faisait la conquête de l'occident. Le calife n'avait jamais eu si grand besoin de soldats dévoués, endurants, pleins d'ardeur et de foi. Il y avait sans doute, quelques fidèles qui maintenaient la tradition de la guerre sainte, les mujâhidin, les muitawiv m; ils étaient tous sur le front bysantin où leur présence donnait à la lutte une signification particulière.

Des tribus, groupes nouveaux et disparates, mais restés bédouins, se sont installés sur les bords du désert, en pays de bons pâturages pour leurs chameaux et à proximité de sédentaires dont elles tirent des ressources plus ou moins légitimes. Celles-là ont conservé leur allure antéislamique; elles ne se mêlent que comme elles le veulent aux affaires de l'Empire; on les retrouve dans le désert à l'époque abbasside, et il est de bon ton d'aller chez eux apprendre l'arabe, et la méthode pour composer des poèmes antéislamiques. Elles, ou d'autres, y sont toujours aujourd'hui et, comme le cheikh moderne a son palais à Damas et son automobile pour rejoindre sa tente au désert? on imagine son ancêtre de l'époque omeyyade faisant le même trajet sur un chameau de race. Elles étaient déjà en marge, un peu inquiétante, de la vie de l'Etat musulman.

La masse des Arabes conquérants s'est sédentarisée, on le répète; ils sont las de la guerre, subissent l'amollissement que lavie sédentaire et large a produit partout sur les Bédouins. Jadis, au temps d'Omar, c'étaient les femmes restées à Médine qui se plaignaient de la longueur des campagnes, et ayant entendu la plainte rimée de l'une d'elles, Omar avait décidé qu'un soldat marié ne resterait point plus de

quatre mois de suite aux armées. Maintenant, c'était bien l'avis des hommes, au moment où la guerre ne rapportait plus qu'un mince butin, au moment aussi où le calife n'avait jamais eu si grand besoin d'armées permanentes.

La grande razzia volontaire se transformait en service royal, rude et médiocrement payé; une armée péniblement recrutée par engagements avec promesse de fortes soldes, et aussi par réquisitions. En 724, le calife Hichâm étant à Médine, « remarque combien la population est nombreuse : il lui impose de fournir quatre mille soldats, et l'on appelle ce temps-là « l'année des quatre mille1 ». La transformation avait été rapide : l'armée des derniers califes était encore une armée « nationale », mais ce n'était plus du tout une armée de « combattants pour la foi », ni même pour la gloire

Il y a donc, à la fin de la dynastie omeyyade, une question de la solde de l'armée; elle varie beaucoup selon les circonstances. Le calife, on l'a vu, était maître de faire varier le taux des pensions : il l'est à plus forte raison, de changer celui de la solde, qui devient un supplément momentané de la pension. Mais les troupes, quand on a besoin d'elles, marchandent :ce sera au cours du ixe siècle, le fait journalier de la vie misérable des califes abbassides qui mènera à la domination de la garde califienne et à celle de leurs chefs» les émirs. Dès les Omeyyades à l'avènement de Walid II, on double la pension, et en outre, on la paie deux fois aux Syriens. Yézid promet mille dirhems, puis quinze cents à ceux qui voudront bien s'enrôler2.

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