Tabari, Ann. IL 1754.5 et 1794.4 et
LES CALIFES OMEYYADES 215
Sans doute, les conquérants arabes ont des chevaux, mais ce sont pour eux des bêtes de luxe, que l'on monage avec une infinie sollicitude et que l'on réserve pour le moment de l'attaque. Il n'est pas possible que ce soit à cheval que les tribus arabes aient envahi la Syrie et l'Iraq; ce n'est point sur des chevaux que Khalid ben Walid et ses compagnons ont pu faire, en 634, leur célèbre raid à travers une partie du désert de Syrie. C'est le chameau, la monture classique du Bédouin, qui a mené les cavaliers arabes à la conquête de l'Orient bysantin et sassanide Durant les étapes paisibles, les hommes ont, à tour de rôle, marché à pied. Il n'est pas sûr qu'il n'y eut point quelques ânes, endurantes montures des sédentaires yéménites1.
Il y a donc une certaine variété dans l'aspect des armées arabes, aux premiers temps de la conquête, chameliers, cavaliers, âniers, fantassins. Mais bientôt les Arabes s'emparèrent avec joie des chevaux des vaincus, et si le chameau garde son rôle, ce furent bien des chevaux qui constituèrent la cavalerie omeyyade. On constate alors l'exactitude de l'observation de l'historien2, qui montre l'art militaire mourant en 378, à la bataille d'Andrinople, où la cavalerie gothe anéantit l'infanterie mercenaire de Valens : désormais, en Orient comme en Occident, c'est la cavalerie qui domine, la razzia et le combat singulier, celui des héros d'Homère, sans autre intervention que l'adresse et le courage individuel, dans l'apathie intellectuelle absolue des chefs, jusqu'au quator-
1. L'emploi en était habituel, mais peu relevé. On remarque Abou Horaïra, gouverneur de Médine, qui, sans faste, passe, sur son âne, en criant : « Le chemin, le chemin I voici l'émir qui vient ! » (I. Ôotaïba *Uyûn al akhbâr 1.267. V