Arnold, Preaching of islam, p. 46 et s
LES CALIFES OMEYYADES 237
les procès entre tributaires; et par un retour inattendu, la législation des tributaires, par la nature même des conflits et par leur forme, pénètre dans l'enceinte du tribunal musulman. C'est cette lente influence du droit romain sur la naissance du droit musulman, qu'il faut renoncer à suivre, bien à regret.
Ces rapports quotidiens entre Arabes et tributaires, qui créent des relations de droit imprévues, ont des effets sociaux inégaux, imprécis, où domine l'impression que les tributaires sont une classe sociale inférieure. On est d'accord aujourd'hui pour reculer jusqu'au règne du calife abbasside El Mutawakkil les mesures oppressives contre les juifs et les chrétiens que les historiens ont attribuées à Omar, pour leur donner plus d'autorité; mais, sous les Omeyyades, les tributaires n'en sont pas moins soumis à l'hospitalité forcée de trois jours envers les musulmans en voyage, à des réquisitions de denrées et de bêtes de somme, à des restrictions ou interdictions de toutes sortes. Sans doute, la défense de construire ou de reconstruire des édifices religieux est moins nette qu'on n'a coutume de le dire1 : cependant les divergences mêmes des grands imâms de l'islam prouvent le flottement et la fantaisie de la politique des Omeyyades en cette matière. Les tributaires sont en butte à de menues humiliations, dont une population dominante ne se fait point faute et qui blessent plus profondément que la violence ou même que l'injustice.
Les tributaires ne pouvaient réagir que sous deux formes, la révolte ou la conversion. Ils étaient pour la plupart, trop divisés, trop peu belliqueux et trop bien accoutumés à un long servage pour se décider