Arnold, Preaching of islam, p
à prendre les armes. Ce n'est qu'après leur conversion que l'hostilité des nouveaux musulmans envers leurs maîtres se manifestera par leur adhésion à tous les mouvements religieux ennemis du califat sunnite, mais cette conversion s'imposait pour des raisons sociales et économiques et elle n'était point combattue par des causes sentimentales et religieuses.
On pensait naguère que la victoire ie l'islam avait été logiquement celle du monothéisme sémitique sur le christianisme hellénistique qui convenait mieux aux Indo-Européens qu'aux Sémites. Quand il s'agit de faits de civilisation, et non plus de faits de linguistique, on hésite aujourd'hui à employer des mots qui, déplacés de leur terrain, ne recouvrent plus des réalités. En fait, l'Asie Antérieure a été bien avant l'ère chrétienne, le théâtre des luttes de plusieurs civilisations et d'une foule de dieux. Les pensées diverses de ces peuples se sont un jour cristallisées autour d'un Juif, pénétré des traditions religieuses de sa race, mais outré des injustices sociales et des mesquineries cultuelles qu'elles imposaient; ce fut audessus de l'humanité un grand cœur ouvert aux maux et aux peines du peuple, avec un abandon complet de soi-même, une âme divine. L'Asie Antérieure est devenue chrétienne : elle a adoré avec espérance le Dieu de ce voyant, en qui semblaient se confondre la nature humaine et divine, sans se soucier de comprendre
Mais les clercs et les docteurs ont voulu comprendre le Christ, le mettre à leur taille et aussi organiser l'église. Ils ont apporté à leur tâche la redoutable complexité de la dialectique grecque maniée par des rhéteurs, et la casuistique féroce des rabbins. Il a fallu savoir ce qu'il y avait d'humain et de divin en
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Jésus, en tracer la limite dans l'espace et dans le temps; et les docteurs ont apporté à ces discussions théologiques tant de conviction, d'orgueil et de violence, les souverains y ont si bien mêlé leur fureur de domination, qu'au septième siècle l'Asie Antérieure s'est trouvée divisée en sectes ennemies : les Araméens de la Mésopotamie et de l'Iraq étaient nestoriens; ceux de la Syrie étaient monophysites, jacobites; les Coptes d'Egypte étaient melkites et jacobites. Les peuples, sans doute, prenaient part aux querelles et se passionnaient sans comprendre; mais on peut croire aussi que beaucoup d'âmes étaient lasses d'entendre discuter sur les deux natures du Christ.
J'ai répété, après tant d'autres, la formule musulmane suivant laquelle le Coran est un livre révélé en arabe, à un prophète arabe, pour former une religion arabe. C'est vrai, sans doute, mais il convient d'ajouter que les éléments essentiels de cette religion arabe sont communs aux trois grandes religions révélées de l'Asie Antérieure, et que l'islam est la sœur cadette du judaïsme et du christianisme. L'islam a fait à Jésus le plus grand des prophètes, le futur pacificateur du monde, l'annonciateur du jour du Jugement, une place considérable au-dessous de Mohammed. Il conservait à sa mère, la Vierge Marie, une légende qui la laissait digne du culte le plus pur. 11 n'eût point été absurde qu'à l'heure où naquit le culte des saints, celui de Meryem (Marie! poétisât et affinât la religion de Mohammed. Mais l'adoration que lui a vouée le christianisme a diminué sa place dans l'islam, — On comprend, en tout cas, que la conversion des chrétiens et «les juifs à l'islam ne leur ait point paru une complète apostasie.
L'histoire des conversions est inconnue. Les Omey-
yades ont conservé la politique d'instinct qui avait fait négliger toute propagande religieuse parmi les gens du livre. Omar ben Al Aziz paraît avoir encouragé, en une certaine mesure, les conversions; mais quelle qu'ait été son influence personnelle , en trois ans de règne , elle ne suffit pas à expliquer un fait très général. On voudrait savoir si les conversions ont eu lieu par en haut, par 1 initiation des grands personnages entraînant l'adhésion des autres, comme chez les Barbares d'Occident, ou par le mouvement spontané des foules. La conquête musulmane avait coupé les communautés chrétiennes de leur centre naturel, Constantinople. Le foyer d'Alexandrie s'était éteint; rien n'était venu du dehors pour les inciter à conserver leur foi
Les conversions s'étendirent, sur l'Iran, où les grands seigneurs fonciers, déjà en rapports avec l'aristocratie arabe, formèrent dans la société nouvelle un milieu favorable aux manifestations chiites. Mais le mouvement d'islamisation ne fut nulle part complet. Il resta, en Iran, des îlots mazdéens qui se manifestèrent sous des formes diverses. En Egypte , les Coptes chrétiens. En Syrie, comme en Iraq, il subsista des groupes chrétiens, qui vécurent en de hors du mouvement général de l'Eglise. On redira que ces éléments réfractaires à la conversion, chrétiens comme juifs, furent employés par les califes et par les grands pour les besognes intellectuelles, chancellerie, médecine, banque, etc
Avant même que les dimmi eussent transformé par leur conversion leur statut social, ils avaient pris ou plutôt conservé la manœuvre des rouages administratifs qui étaient nécessaires à la vie de la communauté musulmane. Us étaient chargés de per-
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cevoir les impôts des tributaires. L'administration financière n'avait pu se passer de la collaboration des vaincus, et les registres en furent d'abord tenus en langues indigènes. C'est seulement Abd al Malik qui, avec l'aide d'Al Hajjâj, et sans doute sous son inspiration, réalisa une réforme immense, suivant les historiens arabes; les comptes du diwân de l'armée furent désormais tenus en langue arabe. Mais c'est une réforme de mots : les agents du diwân continuèrent à avoir besoin des langues locales, et comme la vanité des vainqueurs leur interdisait de les apprendre, ce furent les mêmes hommes qui changèrent de plume1 ; leur calamos s'appela qalam. Ils surent acquérir rapidement une connaissance parfaite de l'arabe.
La conversion des tributaires, on le répète, rompit l'équilibre apparent et fragile que la dynastie omeyyade avait essayé d'établir dans la société complexe qui s'était formée après la conquête. On a vu quelles répercussions elle avait eues sur le régime des terres, et en même temps sur l'impôt et sur l'organisation de l'armée. Son influence sur la vie sociale n'était pas moins grande. Il fallait en effet que les nouveaux venus trouvent leur place dans la communauté musulmane; elle la leur fit à côté des affranchis, des mawâli,
Il convient donc de redire un mot de l'esclavage. On a vu que l'islam primitif avait connu l'esclavage domestique provenant de la capture ou de la filiation et aisément transformée par l'affranchissement. La conquête de l'Asie antérieure avait fait des tributaires, fort peu d'esclaves; mais au-delà, au cours des