‹ Histoire du monde (volume 2)Chapitre 56 sur 180 · Wellhausen, Ar. Reich, p · texte numérisé non relu

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campagnes lointaines, les musulmans s'étaient trouvés en présence de populations païennes qui avaient eu à choisir entre la conversion immédiate et l'extermination. Sans doute, il y eut quelques massacres; mais les Arabes, soit que leur passé ne les y préparât point, soit qu'ils eussent conscience que le meurtre d'un ennemi supprime un esclave possible, ne furent jamais des exterminateurs systématiques. Les païens vaincus fournirent des troupes d'esclaves qui vinrent remplir les demeures et les champs des vainqueurs- Les gouverneurs, en outre , exigèrent longtemps des vaincus des cadeaux en nature où des esclaves de choix, pour le plaisir, eurent une large place. On a l'impression que les conquérants arabes ont souvent évité de rencontrer des idolâtres impénitents, qu'il aurait fallu tuer et dont les terres fussent restées improductives pour le trésor. Ils ont baptisé « Sabéens », donc gens du livre, ceux qui ne se sont révélés ni juifs, ni chrétiens, ni mazdéens.

Mais l'esclavage n'était, pour l'islam, qu'un état momentané. La religion encourageait à des libérations qui avaient été aussitôt nombreuses et qui avaient créé à limitation des mœurs bédouines, une classe nouvelle d'étrangers convertis à l'islam et rattachés par une sorte de clientèle au maître affranchisseur, à sa famille et à sa tribu, suivant des modes qui, pour être de tradition arabe, n'en paraissent pas moins s'être développées sous l'influence du droit romain.

Mais la clientèle ne résultait pas seulement de l'affranchissement. Les indigènes libres qui avaient bientôt senti l'infériorité de leur condition de tributaires, avaient cherché à se garantir contre les tracasseries et les humiliations qui en résultaient. Ils s'étaient donc efforcés de trouver place dans la com-

LES CALIFES OMEYYADES 243

munauté musulmane, en s'attachant à un personnage musulman dont ils devenaient les mawâli. Cette wilâ, qui appartenait normalement au chef de famille, comme dans l'ancien droit romain, pouvait s'exercer même sur un indigène non converti, chrétien par exemple, et assujetti à la jizya1. Il semble que cette clientèle ait été une étape habituelle vers la conversion.

Les tributaires convertis entrèrent donc dans la communauté musulmane par la petite porte de la voilà, pour former avec les affranchis une classe sociale, les mawâli, considérable par le nombre et la valeur économique et culturelle, en somme la partie vraiment active de la nation. La distinction entre les deux origines persiste cependant, et un calife demande si un certain mawlâ de Yézid II est client par affranchissement 'itaba. ou par « suite » iibava2.

Les tributaires étaient entrés dans la communauté musulmane avec l'espérance d'y être traités en égaux par les Arabes Leur situation de mawâli, de clients, d'affranchis , leur conservait leur rang de citoyens inférieurs, alors qu'ils s'estimaient par leur passé et par leur culture largement égaux à leurs anciens maîtres Leur conversion devait logiquement établir l'égalité sociale complète entre tous.

On ne saurait reprocher aux califes omeyyades et à 1 aristocratie arabe de n'avoir point accepté de bonne grâce cette logique et ses conséquences Ils s'efforcèrent donc de maintenir les nouveaux convertis à leur rang inférieur de clients, tandis que ceux-ci réclamaient 1 égalité sociale qu'ils considéraient

i. Lammens, Mèl. Un. SU. III. 1256.

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