‹ Histoire du monde (volume 2)Chapitre 62 sur 180 · Tabari · texte numérisé non relu

Tabari

avec l'ancienne poésie, maudite par le Prophète , qui a imposé à tous les gens pieux de l'islam et particulièrement aux réformateurs religieux l'obligation de fulminer contre la musique et de briser de leurs mains les instruments de cet art satanique. On peut donc se fier à la tradition qui enseigne qu'il régnait à la Mekke et à Médine à l'époque de Mohammed, et l'on sait que la ville, sanctifiée par le tombeau du Prophète et asile de sa famille, continuait d'être, à l'époque omeyyade, la grande école où, suivant les traditions persanes, l'on formait les esclaves chanteurs et musiciens qui étaient ensuite vendus un haut prix aux grands seigneurs de Damas et au calife même. Tous font des dépenses folles pour avoir à eux un chanteur célèbre, et le calife, qui pense parfois à sévir, finit par être séduit lui-même1. A la suite du chant et de la musique, serviteurs de la poésie antéislamique, une autre coutume du passé, celle de boire du vin, subsiste à Médine, où le calife Omar ne réussit point à la détruire, et elle fait partie de la vie joyeuse des Omeyyades2 On sait qu'elle ne s'imposera à personne aussi despotiquement qu'aux dévots califes abbassides3.

Il est probable que le goût des Médinois pour le chant et les instruments les avait conduits à l'introduire dans la récitation du Coran. La doctrine a énergiquement réagi et n'a laissé à la lecture coranique qu'une mélopée en récitatif4.

1. Lammens : Yézid, fils de Moawia : Mél. Univ. Beirout, II 1.1236 et s.; Mourouj V.157, etc.

2. « Misérable, dit le calife Marwân II, à une rebelle prisonnier, n'avais-tu point le vin de Médine et ses chanteurs pour te distraire d'entrer en campagne ! » (Tabari, II. 1910. 11).— Goldziher m. St. 1.19.

Page 1