Wellhausen, Ar. Reich p. 307 et
Sous Al Hajjâj, on avait commencé à exiler au Khorassan les éléments alides les plus agités qui troublaient la paix de l'Iraq, et en même temps on y avait arrêté l'émigration des Syriens, qui d'ailleurs ne s'y sentaient point à leur aise. Les Alides trouvaient d'ailleurs dans les provinces iraniennes un milieu favorable à leurs idées : les mawâli perses conservaient en effet le besoin ancestral d'être gouvernés par un souverain absolu, au caractère divin, dispensateur de tous les biens, dont la volonté , juste ou injuste, répandait le bonheur ou le malheur sur ses sujets, la stérilité ou l'abondance sur la terre. Les relations constantes du Khorassan avec Baçra et Coufa, centres de l'agitation alide, entretenaient chez tous les habitants de l'Iran, un courant d'idées défavorables à la « royauté arabe », que les Omeyyades s'efforçaient d'organiser, et qui, bien qu'elle fût devenue dynastique, avait conservé son caractère bédouin. Ils se sentaient au contraire attirés par la doctrine alide qui réservait le pouvoir à la famille du Prophète, dont elle développait peu à peu le caractère surhumain.
Quand la propagande alide de l'Iraq s'organisa et envoya des émissaires au Khorassan, ceux-ci y trouvèrent aussitôt un terrain propice à leur action. A partir de 718, les missionnaires chiites y apparaissent périodiquement, sur un mot d'ordre de Coufa , sans que l'on distingue nettement de qui il vient Suivant les historiens abbassides, le mouvement prit naissance dans l'entourage d'un descendant d'Ali, Mohammed ibn Al Hanafiya, personnage qui , comme ses fils, ne paraît avoir été qu'un nom représentant une doctrine, celle de la permanence de l'esprit du
LES CALIFES OMEYYADES 263
Prophète dans ses descendants1. Le choix même d'un fils d'Ali, hors de la descendance de Fatima et parmi les fils qu'il avait eus d'une autre femme, fournit une transition trop heureuse vers les prétentions de la descendance d'Abbas, oncle du Prophète, pour qu'elle ne soit point suspecte d'un habile calcul. D'après la tradition orthodoxe, le fils d'Ibn Al Hanafiya, Abou Hachim, fit en 98 (717) passer tous ses droits au califat sur la tête d'un descendant d'Abbâs, Mohammed ben 'Ali, qui semble être devenu le chef du mouvement contre les Omeyyades.
C'est en 102 (721), sous le calife Yézid, que la propagande commence sous l'aspect chiite, par l'envoi d'émissaires déguisés en marchands, qui voyagent sous la protection de groupements d'Arabes Rabi' et Yéménites2 En 116 (734) , Hichâm envoie des troupes de Coufa et de Syrie; mais, dès lors, la situation a changé, et Abou Moslim est entré en scène. L'histoire des années suivantes est des plus confuses, non point seulement par insuffisance des renseignements3* mais surtout par l'enchevêtrement des faits.
Jusqu'en 747, la personnalité du futur régénérateur de la communauté musulmane reste vague : les agents abbassides acceptent les plus étranges concours et s'efforcent avant tout de créer le désordre dont ils profiteront. C'est par moment, une comédie sanglante où les champions s'arrêtent en se demandant pour qui et pour quoi ils s' entretuent4
Un missionnaire chiite, Al Khaddâch, suscite au Khorassan un mouvement qui réveille les anciennes doctrines de communauté des femmes et de partage