Tabari, Ann., III
LES CALIFES OMEYYADES 279
sans éclat, l'Iran, qui venait de faire la révolution, en manifestait sa déception : troubles vagues autour d'obscurs thaumaturges; appels à Abou Moslim dont on n'admettait pas la mort; espoir enfin de trouver dans le calife le demi-dieu attendu. Une foule arrive à Hachimiya pour rendre à Al Mançour les honneurs divins; et comme il ne les accepte point, la ville est en un tel désordre qu'Ai Mançour descend en personne dans la rue, où il court les plus grands dangers. Ensuite, ce sont les Alides qui cherchent à soulever tous les ennemis des Abbassides : Mohammed-an Nafs az Zaqiya (l'âme pure) à Médine, et son frère Ibrahim à Baçra, sont tués en 762.
C'est sous le règne de Mançour que s'organise l'Etat nouveau. Les historiens arabes l'ont bien vu, et ils font l'énumération des innovations essentielles : l'usage de consulter les astrologues, la traduction des livres grecs et syriaques, l'introduction des mawâli, affranchis et nouveaux convertis, et de leurs usages dans l'administration de l'Empire1. Un historien occidental restreint la grandeur abbasside au règne de Mançour et au gouvernement des Barmékides, ce qui est peut-être un peu sommaire2. Il faudrait, pour faire des divisions et un classement de grandeur, tenir compte de toutes les catégories de faits, et être bien sûr de ce qui est grandeur.
Sous Al Mahdi (775-785), la guerre bysantine tient une grande place : le fils du calife, Haroun, est le chef officiel et apparent de l'armée qui vient camper sur le Bosphore. Mais la paix intérieure reste précaire : les faits connus se repètent en Khorassan avec Al Mo-