‹ Histoire du monde (volume 2)Chapitre 77 sur 180 · Dogme el loi, p · texte numérisé non relu

Dogme el loi, p

période d'un siècle, qui, parmi d'insurmontables désordres, aboutit à l'anéantissement du pouvoir du calife et à la domination de Vamir alomarâ. Son successeur, Al Mo'tacim, a une garde turque. La lecture des détails où se complaisent les chroniqueurs arabes fait assez bien comprendre la vie du calife abbasside, souverain tout-puissant, que hante la crainte d'une rébellion et d'une usurpation; il ne peut plus se fier au conseiller favori, qui semble communier avec toutes ses pensées, mais auquel l'histoire des derniers règnes a appris qu'il suffit d'une fantaisie ou d'une terreur de son maître pour qu'en quelques instants il le fasse passer de la plus complète faveur à la mort sanglante sur le tapis de cuir, devenu accessoire essentiel de la dignité califienne. Ce souverain apeuré, donc féroce, essaie d'apaiser ses terreurs en s 'entourant d'une garde étrangère, plus fruste que les troupes nerveuses et inconstantes de Persans et d'Arabes, mais plus solide, et par son origine, isolée du reste du peuple. Il a donc une forte milice étrangère, surtout turque, de bons soudards, braves gens, prêts à tous les services de la campagne et de la cour, excellents soldats sur le champ de bataille, à la ville assassins expéditifs et muets; mais leurs chefs prennent bientôt l'autorité que le calife trouvait redoutable chez ses anciens officiers. Les événements de ces règnes, où le lecteur perd patience, sont toujours les mêmes; intrigues des émirs turcs pour se choisir un maître débonnaire, efforts du calife, quand il a quelque volonté, pour opposer les émirs les uns aux autres et régner sur leurs discordes, aussi pour chercher contre eux un appui auprès d'autres barbares, des Egyptiens, des aventuriers occidentaux, des Berbères, des Nègres.

Al Mo'tacim continue en 833 le règne de son frère: razzias bysantines contre Théophile et Manuel, campagnes contre Babek que l'émir turc Afchin finit par prendre en 837, désordres dans l'Empire. Le calife, qui ne se sent plus en sûreté à Bagdad, va se confier à ses soldats turcs dans une cité impériale nouvelle, toute proche, Samarra (835); mais il comprend bientôt qu'il s'est fait lui-même leur prisonnier et essaie de s'en délivrer par des assassinats; Afchin, qui a rendu de trop importants services, meurt en prison (838). Al Mo'tacim continue la persécution pour la doctrine de la création du Coran, mais sans éclat : c'est un illettré, qui lit et écrit «faiblement», dit le chroniqueur, qui ajoute : « Il n'avait point de méchanceté, mais quand il était en colère, il ne regardait pas qui il faisait tuer1 ».

Al Wathiq, fils d'Al Mo'tacim et d'une esclave grecque (842-847), ajoute à la propagande mo'tazilite des mesures répressives contre les chrétiens.

Al Motawakkil (847-861) a une personnalité. Parvenu au trône grâce à deux chefs de la milice turque, il fait assassiner le plus dangereux; il tente dans sa nouvelle résidence, Ja'fariya, de se libérerde la milice en se mettant sous la protection d'un descendant de Tâhir, qu'il a nommé gouverneur de l'Iraq. Les Turcs finissent pourtant par l'assassiner, à l'instigation, d'ailleurs, de son fils et successeur, « ce qui est vraiment grave, même pour un Abbasside2 ». Son règne,sil'onmetà part quelques campagnes bysantines, ne vaut que par son caractère de réaction orthodoxe contre le Mo'tazilisme etleFatimismede ses prédéces-

Page 1