‹ Histoire du monde (volume 2)Chapitre 80 sur 180 · Maqrizi, Khilal, éd. Wiet V · texte numérisé non relu

Maqrizi, Khilal, éd. Wiet V

2. Il envoie de magnifiques présents au calife Mo'tadid, mais celui-ci épouse sa fille. Tabari, Ann., 111,2.133, 2.138 et 2,163.

side1. La Syrie, qui semblait perdue pour celui-ci, est disputée, durant le règne de Khumaraweih, entre ses généraux et des prétendants qui, sans le vouloir, servent les intérêts de Muwaffaq. Haroun ben Khumaraweih rend au calife Qinnesrin et les Awâcim, et il paie tribut pour l'Egypte et la Syrie. En 905, l'Egypte revient sous la domination abbasside, et il n'y a plus de Toulounides.

Mais le retour de l'Egypte sous l'autorité du calife ne fut ni complète, ni durable. Dès 935, un Etat indépendant qui comprenait l'Egypte, la Syrie, le Yémen, la Mekke et Médine, s'était reconstitué sous la dynastie ikhchidite, dont le fondateur descendait d'un soldat de la garde d'Al Mo'tacim. C'est un type intéressant et sympathique de soldat turc, vigoureux et énergique, très soucieux de bien gouverner son domaine, sans culture, mais fervent musulman, qui honore les saints personnages, demande leur bénédiction et pleure quand on lui lit le Coran2. D'abord en lutte avec Ibn Râïq, il est l'adversaire tenace des Hamdanides et s'acharne à posséder Damas et Alep. Après sa mort (946), toute l'autorité passe à un ennuque abyssin, Kafour, qui continuela lutte contre les Hamdanides. A sa mort (968), l'Egypte tombe sans résistance dans les mains de la petite armée fatimide de Jawher.

C'est l'empire fatimide que les Croisés trouveront

■Tl. La construction du palais d'Al-Qatâa au Caire est caractéristique. Ibn Touloun fait labourer le cimetière juif et chrétien et tracer les fondations des édifices. Puis il ordonne à « ses courtisans, à ses affranchis et aux gens de sa suite » de construire à leurs frais, autour du palais, leurs habitations sur des terrains qu'il leur concède (Maqrizi, Khitat, éd. Wiet, V, 153). La tradition a gardé le souvenir des splendeurs de ce palais sous Khumaraweih {ibid., 175 et s.). 2. Mez, Renaissance, p. 26 et s.

devant eux un siècle plus tard. On n'en dira ici qu'un mot, renvoyant d'une part au chapitre qui résume les mouvements alides de l'Empire abbasside dans le présent volume, et aussi à celui qui, dans un fascicule suivant, mettra les Fatimides dans l'ambiance africaine. Il suffit de rappeler que, né d'une propagande heureuse dans une tribu berbère de la Tunisie actuelle, le califat fatimide ne chercha point à créer le grand Etat berbère avec les îles, qui eût pu déborder un jour sur l'Espagne et dominer la Méditerranée occidentale. Les premiers souverains rêvèrent de la conquête de l'Egypte qu'il? réalisèrent en 969, et ils se trouvèrent aussitôt conduits à guerroyer en Syrie, en conflit avec le calife de Bagdad et l'empereur de Constantinople. Il ne semble point que les califes fatimides aient poussé la conviction de leur mission sainte jusqu'à vouloir remplacer en Orient le calife abbasside sunnite. Ils n'ont même pas su utiliser pour leur puissance le réseau ismaïlien qu'avaient tissé les Carmates. On redira, en parlant delà civilisation musulmane, queles Fatimides ontleur place dans son histoire. Leur séjour en Egypte a servi au moins à maintenir au pays la tradition de sa personnalité.

Dans leur effort logique pour la conquête de la Syrie, les maîtres de l'Egypte, Toulounides,Ikhchidites, puis Fatimides, se heurtèrent à un petit Etat, dont on a déjà cité le nom, celui des Hamdanides.

Les deux petits royaumes, quelesBanouHamdânconstruisirent simultanément autour de Mossoul et d'Alep, ont intéressé particulièrement les écrivains arabes, parce qu'ils forment, dans l'ambiance iranienne et

mêlée du califat abbasside, un centre vraiment arabe, d'un bédounisme tout fraîchement citadinisé On s'étonne qu'un Etat d'allure bédouine ait eu quelque durée dans un pays dont les ressources matérielles avaient fort diminué et dont les populations étaient restées en marge de la communauté musulmane; c'est, il est vrai, une route commerciale; mais c'est aussi le chemin qu'ont suivi les attaques et les ripostes de la guerre bysantine, non sans dommages pour la prospérité générale

L'Etat hamdanide, pris en bloc, s'est étendu, à son plus beau moment, sur la Mésopotamie toute entière, sur la Syrie (Alep et Damas), sur le haut Euphrate et sur les confins imprécis qui séparaient l'Empire bysantin de la terre d'islam. Son autorité rayonnait sur les Bédouins entre Mésopotamie, Iraq et Syrie. C'était un royaume de pièces et de morceaux, construit à la bédouine, au hasard. Il campait, on le répète, au carrefour de trois empires : le califat de Bagdad, qui sous les émirs bouyides gardait quelque force et quelque prestige; la puissance égyptienne qui, sous les Fatimides, prenait allure d'adversaire des deux autres et de candidat à la domination de la Méditerranée orientale; l'Empire bysantin, que les circonstances politiques et la valeur de quelques hommes rendaient capable d'un effort de reconquête en Asie. Les trois empires étaient inaptes à s'entendre et à combiner leur effort contre leur débile ennemi. Celui-ci réussit donc à vivre entre eux, vassal de l'Abbasside, en accord avec le Fatimide, traitant avec le Bysantin, suivant une politique naïvement retorse de Bédouin.

Depuis la conquête musulmane, comme avant elle, la région d'Alep et de Mossoul avait vu passer bien

des invasions; elle avait été aussi un pays de vieintellectuelle. A l'arrivée des musulmans, Edesseétait un grand centre jacobite Sous les Omeyyades et sous les Abbassides, la campagne, moins dévastée qu'aujourd'hui, de la vallée moyenne des deux fleuves, était surveillée par le souverain qui y découvrait sans cesse des rebelles Kharijites ou Zindiqs. Derrière ces termes employés un peu au hasard par les auteurs arabes, il faut en tout cas reconnaître une survivance de vie religieuse et la possibilité d'un centre de culture. Ce petit monde de sédentaires anciens était maintenant mêlé à des Arabes bédouins, qui s'étaient répandus depuis la conquête sur tout le pourtour du désert syrien. Tant que les califes avaient eu quelque autorité, les nomades avaientvécu assez modestementdeleurstroupeaux et des faveurs du prince; mais à toutes les heures de troubles, ils avaient montré qu'ils étaient tout prêts à recommencer les grandes razzias. Le désordre où le califat tomba au dixième siècle les mêla à sa vie politique ; en 905, par exemple, Bagdad réclamait l'appui des tribus du Bas-Euphrate contre les Cannâtes, car les rares troupes disponibles étaient à Damas et en Egypte1

Dans la confusion de la société, les nomades, tout divisés qu'ils fussent par des rivalités ineffaçables, se préparèrent à piller et à détruire les résultats de l'effort patient des sédentaires. Il est très curieux de constater qu'au xe siècle, dans la vallée des deux fleuves, des Bédouins aient pu momentanément créer, dans le cadre des sédentaires, un groupement dont la vie politique et littéraire a laissé une trace durable. Hamdân est un Taghleb des Diyâr Rabi', qui s'est

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