‹ Histoire du monde (volume 2)Chapitre 81 sur 180 · Tabari, Ann., III · texte numérisé non relu

Tabari, Ann., III

créé une principauté au nord-ouest de Mossoul à la fin du IXe siècle, en un temps où personne n'y gouverne plus. Son fils est gouverneur de Mossoul en 905 ; puis ses petits- fils, de Mossoul et de Diarbékir pour les Bouyides, vers 942. Au milieu du Xe siècle, Nâcir ad dawla (m. 969) avait, en Mésopotamie, un Etat avec Mossoul pour capitale C'est en vain que ses descendants cherchèrent à louvoyer habilement entre les Bouyides et les Fatimides.

Cependant, avantqueceux-cin'aientoccupé l'Egypte, le frère de Nâcir, Saïf ad dawla, avait pris Alep en 942 et poussé jusqu'à Damas en 946. Il s'installait dans l'ancienne marche syrienne contre les Bysantins, au moment même où ceux-ci recommençaient la lutte pourl'Asie, et le Hamdanite gagna, sans y songer, l'honneur d'être un instant le champion de l'islam.

Il usa en cette rude guerre le meilleur de ses forces, et il aurait cédé aisément à Kafour, le régent du Caire, si celui-ci, absorbé par des luttes intérieures, n'avait été soucieux d'assurer la paix syrienne en reconnaissant à Saïf ad dawla la possession de la province d'Alep. Le Hamdanide mourut en 967. Son petit-fils, Sa'id ad dawla, devait hésiter entre Basile II et les Fatimides, se mettre dans les mains et sous la garde du plus puissant; il crut d'abord que c'était l'empereur; mais, quand il le vit absorbé par des luttes intérieures, il se tourna vers Le Caire, et son royaume devint bientôt une province fa timide (1003)

Il faut insister encore sur la curiosité de ces petits royaumes, formés à la croisée des chemins, où la guerre sévit depuis les débuts de l'histoire musulmane; après Moawia et Ali, c'est la marche contre Bysance, la victoire abbasside, les guerres civiles, et quand il semble que règne la paix, la pillerie endémique des

Bédouins qui continuent de dominer le pays des sédentaires. Il est intéressant de les voir former, au Xe siècle, une force militaire solide au service d'un émir généralement obéi, et devenir ainsi les défenseurs de la communauté musulmane. On sait mal comment ils s'entendaient avec la bigarrure des populations sédentaires, Kharijites, Alides, Zindiqs, toujours prêts aux batailles religieuses. Peut-être faut-il renoncer même à être à moitié dupes de la renommée éclatante de la cour hamdanide et adopter l'appréciation très dure d'un historien récent1, qui voit en eux des Bédouins corrompus par les jouissances du butin et gâtés par le voisinage de l'Iraq, perfides et féroces à la manière abbasside, sans avoir rien perdu des instincts destructeurs de leurs ancêtres, ruinant les paysans, détruisant les cultures et les plantations. Mais ce sont des Arabes, en un temps où l'on ne sait où trouver un centre vraiment arabe. La tradition littéraire chère à l'érudition européenne retrouve avec attendrissement à la cour hamdanide quelques traits delà vieille société arabe. Quand Saïf addawla revient de razzias fructueuses, il veut,comme le seyyid antique, être loué par des poètes, et par chance il s'en trouve un généreusement doué de la nature, Motanabbi, qui rajeunit en son honneur les formes etles thèmes de la poésie bédouine. L'opinion arabe l'a proclamé le plus grand de ses poètes et a laissé dans l'ombre son émule Abou Firâs, un cousin de Saïf ad dawla. C'est à la gloire de l'émir qu'Aboul Faraj al Isfahâni élève un des plus beaux monuments de l'histoire littéraire arabe, le « Livre de? Chansons »; Saïf ad dawla va même jusqu'à patronner un philosophe, Al Farabi;

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