Voire, d. p
Fatimides s'emparèrent de l'Egypte et qu'ils se touvèrent entraînés par la force des choses à tenter la conquête durable de la Syrie. Il était possible qu'un Etat musulman solide s'établît ainsi en Méditerranée orientale et en disputât la domination à l'empereur byzantin. Mais l'incohérence des événements, et aussi celle des souverains fatimides, leur enleva bientôt la chance de devenir les maîtres de l'Orient proche. En 1 055, les Turcs vinrent peut-être redonner à l'Islam quelque force militaire; mais en Syrie et en Egypte leur invasion perfectionna le désordre etrendit possible la Croisade.
Il faut encore avouer que les pilleries et que même les fluctuations de frontières, que l'on vient de rapporter brièvement, ne présentent qu'un médiocre intérêt. Il serait plus utile de suivre les relations économiques et intellectuelles des deuxEmpires,qui continuent, on l'a dit plus haut, la vieille rivalité des Romano-byzantins et des Perses. On essaiera d'en réunir ailleurs quelques traits. Il suffit de rappeler ici les deux faits qui modifient l'ancien antagonisme des deux Empires. Le premier, c'est l'islam, frère cadet du christianisme, donc autrement irréconciliable et intransigeant qhie le mazdéisme abâtardi des Sassanides Il convient de se souvenir que les querelles religieuses de l'Empire byzantin ont préparé l'adhésion des Syriens et des Egyptiens à la nouvelle domination. Un antagonisme religieux profond sépare donc les deux sociétés. Cependant, les communautés chrétiennes, quelque affaiblies qu'elles soient en nombre, restent très vivantes et comptent des individualités actives de l'Etat. On ne voit pas que le clergé byzantin ait gardé sur elles une autorité que les anciennes dissidences religieuses n'avaient point préparée etqueles ca-
lifes n'auraient d'ailleurs point permise. On ne distingue pas non plus que les califes aient fait intervenir leur diplomatie pour envenimer les querelles religieuses qui agitaient la société byzantine. Dans la persécution des Pauliciens cependant,lacourdeBagdad prend activement parti contre le clergé byzantin et l'empereur; c'est avec l'aide de troupes musulmanes et avec l'assentiment du calife que les Pauliciens acquièrent, entre Sivas et Trébizonde, la forteresse quasi imprenable de Tafrika (876).
La dernière rébellion de ces dissidents avait été causée par la renaissance du culte des images sous l'impératrice Théodora La querelle des images, qui remua si profondément la société byzantine sous le règne de l'empereur Léon III (717-740), n'en était pas à son premier jour d'influence sur la vie musulmane; dès ses débuts, elle s'y était manifestée sous la forme d'une interdiction absolue de représenter les créatures animées, qu'édictèrent les juristes musulmans, mais que les peuples eurent peine à accepter. C'est un exemple de l'influence commune des mouvements religieux sur les deux sociétés
Enfin, les deux Empires, rivaux par leur position géographique et leurs traditions historiques, et ennemis par leur antagonisme religieux, sont tous deux les représentants et les conservateurs de la pensée grecque. Constantinople, qui en est l'héritière naturelle, la laisse s'amoindrir jusqu'à n'être plus qu'une apparence, dans les mesquineries d'une littérature d'imitation pédantesque et d'une érudition religieuse sans grandeur. La pensée musulmane, qui cependant s'oriente aussi vers l'Iran et vers l'Inde, est celle des deux héritières de la tradition hellénique, qui en garde le plus fidèlement l'image.
L'Empire byzantin, dont la force de résistance servait de défense à l'Europe contre les forces diverses venues d'Orient, fut un instant menacé d'être pris entre deux puissances ennemies, le califat abbasside et l'empereur d'Occident. Charlemagne et Haroun ar Rachid auraient pu se liguer contre l'empereur byzantin, chrétien mais hérétique, et contre la domination économique de Gonstantinople. Gelles'étendait jusqu'à l'Espagne musulmane, et là encore la croisade chrétienne de Charlemagne pouvait se combiner avec la haine du calife abbasside pour l'émir omeyyade. Mais, dans les relations entre les deux souverains, il ne semble pas qu'aucun de ces intérêts si divers aient été nettement formulés et les ambassades frankes en Orient ne furent que des manifestations brillantes de l'importance des intérêts qui s'entrecroisaient dans la Méditerranée.