‹ Histoire du monde (volume 2)Chapitre 89 sur 180 · Mez, Renaissance, p · texte numérisé non relu

Mez, Renaissance, p

Chacun de ces potentats éphémères est à la merci d'une fantaisie du prince. Non seulement celui-ci reçoit régulièrement le rapport de police du chef du berid, mais il prête l'oreille à toutes les dénonciations que lui apportent des gens de son entourage. Comme dans tout gouvernement fort, la délation est un organe essentiel du califat1. Il ne faut pas exagérer cependant les incohérences du souverain : il est avant tout jaloux d'une autorité qu'il n'exerce que par à-coups, et avide de ressources financières qui sont d'ordinaire restreintes et aléatoires, et qu'il gaspille souvent en folles prodigalités. Le gouverneur puissant et riche est donc vite un ennemi qu'il faut emprisonner et dépouiller; le diwân des biens confisqués est un service important des finances impériales, un mode indirect de perception des impôts; c'est une tradition byzantine, dont les Abbassides ont aisément acquis la pratique2.

Beaucoup de gouverneurs sont pourtant des hommes éprouvés, dont le calife veut à la fois utiliser le mérite et récompenser les services. Mais bien des choix sont conformes à la pratique habituelle des cours : un gouverneur est désigné pour le Khorassan parce qu'il a envoyé à la femme du maître une robe qui a plu; un autre, sous Mançour, doit sa fortune à l'éloquence de son envoyé à la cour. Parfois, les sujets se plaignent, réclament pour gouverneur un personnage qu'ils désignent; le calife consent; ou bien il demande l'avis de l'un de ses conseillers habituels, qui lui propose un nom; ou bien qui demande pour lui-même le poste. S'il plaît au calife, il faut qu'il vienne aussitôt au palais, qu'il parte le soir même pour sa lointaine

1. Sous Haroun ar Rachid, des fils dénoncèrent leur père. Tabari, Ann., III, 688, 699, 707.

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