Ferd. Lot, Fin Empire, p
province. Car un des traits saillants du gouvernement abbasside, c'est une habituelle insouciance, une douce quiétude de vie, traversée de volontés brusques, violentes.
L'indépendance administrative des provinces est complète: le représentant du calife, l'émir, semble avoir, enprincipe,lanominationdesfonctionnairessubalternes de son Gouvernement. Mais il n'y a aucune règle précise : la volonté du calife peut bouleverser les coutumes de l'administration de l'Empire, comme Allah peut renverser tout à coup ces coutumes de la nature dont les philosophes ont fait des lois. En tout cas, les gouverneurs changent avec les vizirs et plus souvent qu'eux, et il faut craindre que tous les agents du pouvoir soient remplacés en même temps que lui, non sans créer une clause de désœuvrés et de mécontents. L'émir paraît être investi alâ l harb mal kharâj « sur la guerre et sur l'impôt », c'est-à-dire pour représenter le calife non seulement à la tête des troupes, mais aussi à la prière du vendredi et à la récitation de la khotba,et encore dans l'administration financière. Ou bien le calife nomme l'émir « sur la prière et sur la guerre, alâ ç calât wal harb », et un autre personnage est chargé de l'impôt. C'est cette combinaison qui sauvegardait le mieux les intérêts du trésor public, car on devait redouter que le receveur des finances s'entendit avec le gouverneur pour. piller1.
On a des exemples précis de l'indépendance que le directeur des finances conserve en face du gouver-
1. Voir Gaston Wiet, Corpus inscrip. arabicarum, II, p. 53 et 54 et les notes. Il ne me semble pas que ses explications, malgré leur intérêt et leur solidité, soient définitives; encore moins la brève indication donnée ici. Les Kharijites des premiers jours eurent un imâm « pour la prière » et un autre « pour la guerre ». Il y a eu, ici comme ailleurs, flottement dans les mots et dans les fonctions.
neur. A l'époque où cependant le califat abbasside est en pleine décadence, il faut quatre années à Ahmed Ibn Touloun lui-même pour avoir raison de la résistance du receveur des finances de l'Egypte, Ibn Mudabbir, et pour faire accepterque la province neversera plus au calife qu'un revenu fixe; le reste constituera la caisse du gouverneur1.
Le gouverneur est entouré d'un état-major : un 'âmil qui le supplée pour la prière et un autre pour l'impôt; des officiers qui commandent les troupes sous ses ordres. Il a un chef de police, un commandant de sa garde, une petite cour. Le câdi, maître de la justice, est, sans doute, nommé souvent par le calife, mais les frontières de leurs attributions sont flottantes. Il y a des cadis aux armées, nommés par le calife, comme celui de la razzia (çaifa) byzantine qui est notamment chargé de régler le partage du butin2. L'incertitude de ces indications tient bien en partie de l'ignorance de celui qui écrit ces lignes, un peu aussi de l'inconsistance des règles administratives dans l'Empire abbasside.
On comprend particulièrement fort mal certaines réunions de fonctions sous un seul personnage; en 237 (851-852), un même agent est chargé de la chorta, c'est-à-dire de la garde et de la police royale, de l'administration de la jizya, la taxe des tributaires, et du gouvernement du Sawâd ; et il est en même temps « le lieutenant du prince des croyants » dans la capitale3.
Les agents secondaires des provinces, secrétaires
1. Becker, in Encycl. Islam, I, 195, et Islam-studien, I, 237.