‹ Histoire du monde (volume 3)Chapitre 10 sur 65 · WHIGS ET POLITIQUE DE RÉFORMES · texte numérisé non relu

WHIGS ET POLITIQUE DE RÉFORMES

Si les conservateurs n'étaient pas réactionnaires, les trois cenls députés ministériels n'étaient pas démocrates. L'Eglise conservait son influence et les Communes étaient toujours composées d'une majorité de gentilhommes campagnards.

Mais, à leur côté, la Chambre comptait encore deux cents députés qui voulaient tirer de la réforme électorale de vastes conséquences. C'étaient d'une part des radicaux, de l'autre des irlandais. Ils s'entendaient entre eux pour soutenir le ministère tout en le stimulant, et sous leur pression celui-ci accomplit une œuvre importante, mais incohérente et sans programme méthodique.

En i834 fut opérée îa réforme de l'assistance publique. Les paroisses succombaient sous le poids de la « taxe des pauvres » qui en faisait les frais. L'usage s'était établi d'accorder un secours, variant d'après le prix du blé, à tous les ouvriers qui recevaient un salaire insuffisant. Les propriétaires en profitaient pour faire cultiver leurs terres en partie aux frais de la paroisse, tandis que les ouvriers tombaient sous le joug souvent très dur des « surveillants des pauvres ». La nouvelle loi n'autorisa la distribution de secours qu'aux ouvriers employés dans la « maison des pauvres (workhouse) . Elle en fit, il est vrai, une véritable prison, mais elle allégea la charge de la « taxe des pauvres », et surtout elle porta un premier coup aux pouvoirs administratifs de l'aristocratie. Les paroisses eurent le droit de se grouper en « unions » pour entretenir un « vjorkhouse » à frais communs. Entre la paroisse et le comté, l'union fut une circonscription nouvelle, dont les fonctionnaires échappaient à l'autorité des juges de paix.

Des « unions » semblables, mais dont les frontières ne coïncidaient pas avec les précédentes, furent ensuite établies pour la construction et l'entretien des routes,

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et pour les services d'hygiène. Chacune eut ses inspecteurs, élus par lies habitants.

La réorganisation des municipalités, qui furent désormais élues par tous les contribuables inscrits au rôle de la taxe des pauvres, eut en même temps pour effet de créer sur la surface du pays une multitude d'îlots démocratiques (i835).

La carte administrative devint extrêmement compliquée, mais à l'ancienne administration dirigée par l'aristocratie se superposa un réseau de services électifs et, pour en surveiller lie fonctionnement, on établit à Londres un « Conseil de l'administration locale » (local government board), ébauche d'un ministère de l'Intérieur.

C'est pourtant à contre-cœur que la majorité se laissait entraîner dans la voie des réformes, et plusieurs des projets des radicaux ne trouvaient pas grâce devant elle. La police rurale restait aux mains des juges de paix. L'Eglise s'opposait à l'établissement d'un enseignement public. Le Parlement se contentait de voter aux écoles privées de faibles subventions, et le comité créé pour en assurer la répartition était placé sous le contrôle des évêques. Quand lord Grey, qui n'avait accepté 'le pouvoir qu'à regret, se retira, un autre grand seigneur, le duc de Melbourne, le remplaça, que son âge et son intelligence inclinaient au scepticisme. Bien qu'il eût au contraire le tempérament d'un doctrinaire, le leader des Communes, lord John Russell n'était pas non plus disposé à embrasser le programme des radicaux. Il ne voulait pas aller au-delà de la réforme électorale, dont il avait été le promoteur.

L'avènement de la reine Victoria, en 1837, renforçait d'ailleurs l'autorité du ministère. La folie de Georges III, l'extravagance de Georges IV et le scandale de son divorce avaient diminué le prestige de la Couronne, qui ne s'était pas relevé sous le règne mo-

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