CHAPITRE III L'Age de Paimerston
La conversion de Peel au libre-échange avait brisé l'unité du parti conservateur, et pendant vingt-cinq ans l'Angleterre fut presque constamment gouvernée par la coalition victorieuse des peelistes et des libéraux. Un ancien peeliste, Gladstone, devint finalement à côté de Russell et de Paimerston le chef du parti libéral. Si, en i85i-52, puis en i858-5(), des ministres conservateurs s'emparèrent quelque temps du pouvoir, ils n'y parvinrent qu'à la faveur des divisions qui affaiblissaient alors la majorité.
En ces deux occasions c'est d'ailleurs sur le terrain de la politique extérieure que la crise s'était produite, car l'ère de prospérité qui suivit l'adoption du libreéchange faisait passer au second plan les problèmes intérieurs. Les Anglais se demandaient comment ils pourraient persuader aux autres pays d'imiter leur exemple, et, si l'on remonte plus haut, ils interprétaient de deux manières opposées le principe de nonintervention qu'avait formulé Canning.
Les libre-échangistes n'y voyaient qu'une application du « laissez-faire », et, dès i835, Cobden avait consacré à ce sujet deux brochures très remarquées. Il y condamnait toute politique belliqueuse, fut-elle
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menée au nom de la liberté. On ne rend pas service» disait-il, aux peuples qu'on prétend aider. On les trouble, et l'on s'astreint soi-même à de lourdes dépenses. Mieux vaut se contenter de prêcher d'exemple tout en stimulant les échanges internationaux, car chaque balle de cotonnade expédiée en pays étranger y développe la civilisation.
Mais beaucoup d'Anglais, partisans d'une politique plus active, croyaient que la non-intervention devait souvent mener à une contre-intervention. N'était-ce pas l'opinion de Canning lui-même? Après lui, ce fut en tout cas celle de Palmerston.
Le vicomte Palmerston, né en 1784, entré en 1806. aux Communes où sa pairie irlandaise ne l'empêcha, pas de faire toute sa carrière, avait pris en i83o, dans le cabinet de lord Grey, le ministère des Affaires Etrangères. Pendant trente ans, la diplomatie anglaise allait être soumise à son prestige. Succès que justifiait une connaissance remarquable des affaires, mais plus encore une assurance orgueilleuse, qui flattait le patriotisme d'une nation prospère, et qui lui servait au besoin à masquer ses échecs. La politique de nonintervention devint entre les mains de Palmerston une politique d'allures belliqueuses, destinée à tenir en échec les deux puissances dont les ambitions pouvaient menacer la paix du continent.
C'étaient d'une part la Russie, qui venait, au traita d'Andrinople, de franchir une nouvelle étape sur le chemin de l'Orient, de l'autre la France, qui, au dire des Anglais, n'avait pas abandonné l'espoir de détruire l'œuvre des traités de i8i5.
Palmerston désirait conserver son alliance, mais il craignait que le gouvernement de Louis-Philippe n'eut pas la force de résister aux exigences du public, impatient de rouvrir en Europe l'ère des révolutions.
•60 LE MONDE ANGLO-SAXON AU XIXe SIÈCLE