LA BELGIQUE
leur attribua une partie du Luxembourg, tandis que le roi de Hollande conservait le Limbourg (i£ octobre). Restait à obtenir le consentement de Guillaume Ier. Une démonstration de troupes françaises et de bateaux anglais fut nécessaire pour le décider à évacuer la forteresse d'Anvers, et, même alors, il ne voulut pas mettre sa signature au bas du traité des vingt-quatre articles. Ce ne fut qu'en 1839 qu'il se résigna à reconnaître l'indépendance de la Belgique.
IL — L'Espagne et le Portugal.
Palmerston était ainsi parvenu à résoudre à son avantage la question délicate des Pays-Bas, et ce succès était dû à la modération dont Louis-Philippe, guidé par Talleyrand, avait fait preuve. Mais le ministre anglais prétendait encore tenir la France à l'écart des événements qui se produisaient en même temps dans la péninsule ibérique, et la passion qu'il mit à y combattre notre influence finit par détacher de l'alliance anglaise le roi des Français.
La Gour de Londres, qui n'avait pu empêcher les soldats de Louis XVIII de restaurer en Espagne le gouvernement absolutiste de Ferdinand VII, avait depuis lors accueilli les libéraux espagnols et préparé leur revanche. En i83o, la naissance d'Isabelle obligea le vieux roi à se rapprocher des partis constitutionnels pour écarter du trône don Carlos. En i833, la régente Christine eut à faire face à l'insurrection carliste.
Le Portugal se trouvait en même temps déchiré par la guerre civile. Don Pedro, après avoir reconnu l'indépendance du Brésil, était même allé s'y établir (1828), laissant sa fille dona Maria régner à Lisbonne, sous la tutelle de son frère don Miguel. Celui-ci s'empressa de s'emparer du trône à la place de sa nièce. Don Pedro, abandonnant alors l'empire du Brésil à.
52 LE MONDE ANGLO-SAXON AU XIXe SIÈCLE
son fils Pedro II, vint en Europe reconquérir, avec l'appui des Anglais, son ancien royaume.
A Madrid et à Lisbonne, les agents anglais travaillèrent efficacement à prévenir une intervention française. En i834, Palmerston réussit à conclure avec les gouvernements de don Pedro et de la reine Christine une alliance, et, lorsque Talleyrand lui rappela que la France devait en faire partie, il ne consentit à lui donner qu'une place strictement limitée. La quadruple alliance de Londres (22 avril i83/i) laissa la flotte anglaise libre d'intervenir dans la péninsule, tandis que l'envoi de troupes françaises resta subordonné à la permission des Anglais. Ce fut, comme le dit Metternich, <( l'alliance de l'homme et du cheval ».
Louis-Philippe, néanmoins, en respecta les clauses. En i835 et en i836, le gouvernement espagnol, menacé par les progrès des carlistes, lui demanda de le secourir; mais Palmerston ne voulut autoriser que l'envoi de notre légion étrangère. Le roi se soumit à ces exigences et, lorsque son ministre Thiers, rassemblant des troupes à la frontière, lui proposa de passer outre, il exigea sa démission (août i836).
Les fautes de don Carlos, dont les partisans furent refoulés dans les Pyrénées, mirent l'année suivante le gouvernement de Christine hors de péril, tandis qu'au Portugal don Miguel était aussi vaincu. Mais Louis- Philippe chercha désormais à s'affranchir de l'alliance anglaise. Dès i834, Talleyrand quittait l'ambassade de Londres, et le roi commençait à se rapprocher de Metternich. Les puissances continentales, qui, après i83o, avaient resserré leur union pour parer au danger d'une nouvelle révolution, avaient été rassurées par la modération du roi des Français. Mais la crise d'Orient allait lui faire perdre tout le terrain gagné, et le rejeter dans les bras des Anglais.