‹ Histoire du monde (volume 3)Chapitre 19 sur 65 · III. — Les affaires d'Egypte · texte numérisé non relu

III. — Les affaires d'Egypte

Trois ans ne s'étaient pas écoulés depuis la paix d'Andrinople, que les puissances devaient à nouveau intervenir en Orient. Le sultan Mahmoud, prince énergique, avait entrepris de relever la Turquie par une politique de réformes, mais la révolte de Méhemet Ali, pacha d'Egypte, mit bientôt son empire en danger.

Son ambitieux vassal avait, avec l'aide d'officiers et d'ingénieurs français, organisé l'Egypte à l'européenne. Par la conquête de la Nubie, de l'Arabie, par la fondation de Khartoum, il avait constitué une puissance redoutable. Le sultan avait dû faire appel à lui pour réprimer l'insurrection grecque; mais la flotte égyptienne avait été détruite à Navarin, et la paix n'avait pas donné à Méhémet Ali la Morée que son suzerain lui promettait.

Pour se dédommager, il jeta les yeux sur la Syrie et envoya son fils Ibrahim s'emparer de Saint- Jeand'Acre. Puis l'armée égyptienne remonta au nord et la bataille de Koniëh lui ouvrit la route de l'Asie Mineure. Mahmoud fut alors contraint d'appeler les puissances à son secours. Le tzar s'empressa d'envoyer ses troupes débarquer sur la rive asiatique du Bosphore; mais, effrayée des ambitions russes, la France intervint énergiquement auprès des belligérants et les amena à conclure le traité de Koutaieh, par lequel le Sultan cédait la Syrie à Méhemet Ali.

Elle ne put empêcher néanmoins la Russie de se faire payer le prix de son intervention. Avant de retirer, ses troupes, le tzar imposa au sultan le traité d'Unkiax Skelsesi (8 juillet i833). En s'engageant à fournir à la Porte tous les secours militaires dont elle aurait besoin, il otenait le droit d'intervenir à son gré en Orient. De plus le sultan lui promettait de fermer les Dardanelles à tout navire de guerre étranger.

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Cette crise aboutissait ainsi à l'établissement d'un, véritable protectorat russe en Orient. L'Angleterre, qui s'était contentée de soutenir faiblement les efforts de la France, ne pouvait l'accepter. Elle prépara dès lors sa revanche, et son ambassadeur Ponsonby excita le sultan à reprendre les armes. La guerre reprit en i83g. Mais elle débuta pour la Turquie par une série de revers accablants. Tandis que son armée était détruite par Ibrahim à Nézil (2/4 juin), sa flotte, par la trahison de son amiral, allait à Alexandrie se livrer à l'ennemi, et, quelques jours plus tard, la mort de Mahmoud, dont le successeur Abdul-Medjid n'était qu'un enfant, parut annoncer la fin de l'Empire ottoman (3o juin)..

Les fautes de la politique française permirent à Palmerston de transformer cet échec en un triomphe éclatant. Décidé à sauver la Turquie, le gouvernement de Louis-Philippe était d'autre part obligé de compter avec l'opinion du public, qui applaudissait au succès des Egyptiens. Leurs victoires, préparées par nos instructeurs, flattaient l'orgueil des Français, qui voyaient en Méhémet Ali l'héritier de Bonaparte. Aussi la France se préoccupa-t-elle moins d'arrêter ses progrès que d'empêcher la Russie d'en profiter.

Elle ne comprit pas que le tzar, satisfait des résultats d'Unkiar-Skelessi, ne désirait pas rentrer en ligne, Pour prévenir son intervention, elle entraîna les puissances à prendre le sultan sous leur protection commune (note du 27 juillet 1789). C'était irriter inutilement la Russie et faire le jeu de Palmerston, qui en profita pour se rapprocher d'elle à notre insu.

Lorsque Louis-Philippe s'aperçut du danger, il s'empressa de modifier sa politique. Abandonnant les <( doctrinaires », dont l'hostilité contre la Russie l'avait entraîné à ce faux pas, il rendit le pouvoir à Thiers, et celui-ci tenta secrètement de ménager entre le sultan et son vassal victorieux un accord. La France

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espérait, en réponse à la manœuvre anglaise, mettre les puissances en présence d'un fait accompli. Mais le secret fut divulgué, et la colère de Palmerston put dès lors s'exercer à nos dépens. À l'activité séparée de la France, il opposa, par le traité du i5 juillet i84o, le concert des puissances unies contre notre politique ambitieuse et dictant au pacha d'Egypte leurs conditions. Le conflit faillit engendrer une guerre européenne. La France, isolée comme en 1810, parut prête à se lever à l'appel de Thiers, l'historien du grand empereur, pour marcher au Rhin, tandis que l'Allemagne était secouée par un grand mouvement de fièvre patriotique.

Cependant Louis-Philippe, après dix années d'une politique de paix, ne voulut pas s'engager dans une pareille aventure. Il rompit avec Thiers et chargea Guizot de conclure au mieux un accord.

Le nouveau ministre essaya inutilement de conserver à Méhemet Ali le pachalik de Saint-Jean-d'Acre. Palmerston ne consentit à lui laisser que le gouvernement de l'Egypte à titre héréditaire et le contraignit par la force à accepter ses conditions.

Mais l'Angleterre ne se contenta pas d'infliger à la France cet échec. Tout de suite, elle se préoccupa d'enlever à la Russie les avantages retirés du traité d'Unkiar-Skelessi. Elle profita des bonnes dispositions de Guizot pour imposer au tzar la Convention du i3 juillet i84i, qui fermait les Détroits aux navires de guerre de toutes les puissances, enfermant ainsi la flotte russe dans la Mer Noire.

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