IV. — L'Entente cordiale
Il ne suffisait pas à Guizot d'éviter par sa soumission la guerre qui, en i84o, paraissait imminente, il
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voulut encore renouer l'alliance anglaise que Talleyrand avait conclue dix ans plus tôt et qui lui parut encore nécessaire pour contenir les ambitions russes en Orient. L'avènement du ministère de Peel, qui écarta Palmerston du Foreign Office, lui permit d'établir avec son successeur, lord Aberdeen, la première « entente cordiale ».
Guizot ne comprit pas qu'une semblable politique était beaucoup moins justifiée qu'à l'époque où Talleyrand en avait donné l'exemple. La Russie, vaincue en Orient, n'était plus redoutable, et la France n'avait pas besoin comme en i83o, pour maintenir la paix du continent, de s'attacher aux Anglais.
Guizot n'hésita pas à payer très cher leur concours. Il leur permit de modifier les traités qui en i83i et i833 avaient limité l'exercice du droit de visite et d'accaparer la police des mers. Il renonça pour leur plaire à conclure avec la Belgique une union douanière. La jalousie des Anglais l'empêcha d'intervenir en faveur des chrétiens de Syrie, dont le sultan voulait supprimer les privilèges.
L'affaire de Tahiti, en i844, faillit de nouveau engendrer la guerre entre les deux pays. Guizot s'était hâté de désavouer l'amiral Dupetit-Thouars qui, sans instructions, avait déposé la reine Pomaré et annexé ses états. Mais un de ses lieutenants, d'Aubigny, fit arrêter et expulser le consul anglais Pritchard. L'opinion anglaise se souleva à la nouvelle de cet affront. Malgré l'indignation du public français, persuadé que les intrigues de Pritchard justifiaient notre action, Guizot consentit à lui verser une indemnité.
Le ministère eut alors à faire face aux protestations passionnées d'un grand nombre de députés. L'entente cordiale devenait de plus en plus impopulaire aux yeux des Français, irrités des sacrifices que notre gouvernement se laissait entraîner à lui consentir. Quand
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la chute du ministère Peel rendit le pouvoir à lord Palmerston, le ministre français lui-même comprit qu'il lui faudrait tenir tête à ce hautain partenaire.
Ce furent cette fois encore les affaires d'Espagne qui amenèrent la brouille entre les deux adversaires. Depuis qu'en i836 Louis-Philippe avait refusé d'intervenir dans la péninsule, les Anglais avaient eu le champ libre pour y propager leur influence. Elle y fut prédominante pendant la dictature du prince de la Victoire, qui obligea la régente Christine à passer les Pyrénées. Elle faillit s'effondrer lorsque l'avènement d'un nouveau dictateur, Narvaez, permit à Christine de revenir (i843). Mais Guizot ne voulut pas alors en profiter pour conclure le mariage de la jeune reine Isabelle avec un fils du roi des Français. Il se borna à demander aux Anglais la promesse de ne pas soutenir la candidature de Léopold de Cobourg que le prince Albert encourageait.
Les agents anglais continuèrent pourtant à travailler en sa faveur, et Guizot s'aperçut que Palmerston se préparait à terminer l'affaire à notre insu. Il prit alors les devants. En i846, les Anglais apprirent le double mariage de la reine et de sa sœur avec les ducs de Cadix et de Montpensier. Ils s'indignèrent de cet acte de perfidie, et ce fut la fin de l'entente cordiale.
Louis-Philippe, dans les deux dernières années de son règne, abandonnant le système anglais, se rapprocha de nouveau de l'Autriche. Le réveil des aspirations libérales et nationales en Europe inquiétait également Guizot et Metternich. Ils cherchèrent à s'entendre pour les contenir. Metternich était plus à portée de travailler l'Allemagne, où l'avènement de Frédéric-Guillaume IV donnait au mouvement unitaire une nouvelle impulsion, tandis que Guizot s'efforçait de modérer l'excitation qui grandissait en Italie depuis l'élection de Pie VII (i846).
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Païmerston, au contraire, avait pris à tâche d'encourager partout les partis révolutionnaires. Il faisait payer à l'Espagne les mariages français, en soulevant contre ïes souverains le parti radical et milite ire. Il soutenait d'autre part les radicaux suisses, aux prises avec la menace de sécession des cantons catholiques. En convoquant une conférence pour discuter leur sort, il donnait en réalité à l'armée de la Confédération le temps de réduire celle du « Sonderbund » et d'imposer aux cantons le suffrage universel. En Italie, lord Minto excitait à Turin, à Gênes, à Florence les sentiments libéraux, et la flotte anglaise intervenait pour protéger les Siciliens révoltés contre le roi de Naples.
La révolution qui débutait dans le sud de l'Italie allait, on le sait, se répandre en i848 sur presque tout le continent, et Païmerston ne fut pas sans s'effrayer de son oeuvre. Mais aux deux extrémités de l'Europe, la Grande-Bretagne et la Russie n'avaient pas été secouées par l'orage, et Païmerston fut prompt à adap-ter sa politique à ces conditions.