‹ Histoire du monde (volume 3)Chapitre 22 sur 65 · LA GUERRE DE CRIMÉE · texte numérisé non relu

LA GUERRE DE CRIMÉE

tion de ses partisans mit peu après le ministère en minorité, et le Cabinet tory qui lui succéda, ayant dissous le Parlement, ne réussit pas à conquérir une majorité. Les peelistes et les libéraux se coalisèrent alors pour reprendre sous la présidence de lord Aberdeen le pouvoir. Lord Russell occupa cette fois la Foreign Office, tandis que Palmerston devait se contenter du Home Office. Celui-ci ne devait pas tarder néanmoins à regagner sur la diplomatie britannique son ancienne influence.

Une nouvelle crise en Orient amenait l'Angleterre à se rapprocher encore de la France pour tenir la Russie en échec. Ce ne fut pourtant plus, comme au temps de Guizot, une alliance de deux gouvernements pacifiques; ce fut une alliance belliqueuse scellée sur les champs de bataille de Crimée.

Les origines de la guerre de Crimée n'ont pas été encore entièrement élucidées par les historiens. Personne au début ne prévit que la querelle des Lieux Saints put troubler la paix de l'Europe. Les progrès du parti catholique en France avaient décidé notre gouvernement à se faire confirmer, en 1862, par le Sultan, les privilèges que nos religieux possédaient en Terre Sainte. Mais, depuis plus d'un siècle, nous avions négligé de les défendre et laissé les moines grecs s'emparer des lieux de pèlerinage. Aussi Nicolas Ier prit-il leur cause en mains. Il crut que l'occasion serait bonne pour une nouvelle poussée de l'inlluence russe en Orient. A l'Angleterre il ne cacha pas qu'il pensait à liquider avec elle l'héritage du Sultan qu'il appelait « l'homme malade », et, pour débuter, le ier mars i853, un envoyé extraordinaire, le prince Menchikof, vint réclamer pour son maître la protection exclusive des chrétiens de rite grec dans l'Empire ottoman.

Les efforts pacifiques de la France, persuadant au

60 LE MONDE ANGLO-SAXON AU XIXe SIÈCLE

tzar de réduire ses prétentions, allaient pourtant ménager un accord, quand, à l'instigation de l'ambassadeur anglais, lord Stratford de Redcliffe, le sultan prit un nouveau grand-vizir, Reschid pacha, qui se montra intrasigeant. Menchikof quitta Gonstantinople en grande colère. Lorsque la France et l'Angleterre décidèrent les puissances à présenter au sultan une note collective qui se bornait à lui demander de confirmer les traités antérieurs garantissant la liberté de la religion grecque, lord Stratford de Redcliffe de nouveau décida la Porte à repousser ces conditions (août i853).

Alors Nicolas déclara qu'il n'abandonnerait plus rien de ses demandes primitives, et Palmerston, poussant à la guerre, vit ses collègues se rallier à son point de vue. En novembre, la flotte turque fut détruite par les Russes à Sinope, et les flottes anglo-françaises pénétrèrent dans la mer Noire. Au début de i854, la France et l'Angleterre entrèrent en guerre contre la Russie.

Les troupes russes occupèrent aussitôt les principautés danubiennes, mais un corps expéditionnaire franco-anglais, débarqué à Varna, les contraignit à lever le siège de Silistrie et mit la Turquie à l'abri d'une invasion. Les alliés cherchèrent alors à porter un coup décisif. Une escadre, envoyée dans la Ral~ tique, avait dû se borner à s'emparer des îles d'Aland, sans oser atteindre Gronstadt. On résolut donc de s'attaquer à Sébastopol.

En septembre i854, une armée de 5o.ooo hommes, commandée par le maréchal de Saint-Arnaud et par lord Raglan, prenait terre en Crimée et emportait les lignes de l'Aima. Mais elle laissa à l'ennemi le temps de se fortifier, et ne réussit d'ailleurs jamais à encercler entièrement la place, qui garda ses communications au nord avec l'arrière-pays. En octobre, les Russes attaquèrent à Balaklava, où une charge héroï-

Page 1