VI. — Napoléon III et la politique des nationalités
L'Angleterre avait tout lieu d'être satisfaite et pouvait difficilement prévoir que le règlement de la question orientale serait entièrement détruit au bout de trente ans. La garantie européenne plaçait l'Empire turc à l'abri des ambitions russes. Ecarté du Danube, enfermé dans la mer Noire, le tzar semblait pour longtemps tenu en échec.
Mais la diplomatie de Paimerston, qui devait ses succès à l'alliance française, ne devait pas réussir à tenir de même en bride son allié. Triomphant au Congrès de Paris, Napoléon y préparait déjà les voies à la politique des nationalités qui devait être la grande pensée de son règne, et, sans vouloir abandonner l'alliance anglaise, il commençait à se rapprocher de la Russie.
Perspective menaçante pour les Anglais. La question roumaine leur causa tout de suite de vives inquiétudes. Le traité de Paris, sans régler le sort des principautés, avait seulement stipulé l'élection de deux « divans » chargés d'exprimer les vœux des populations. Quel serait le mode d'élection? La Moldavie et la Valachie resteraient-elles séparées ou formeraientelles un seul Etat?
Napoléon s'intéressa à la cause de ces latins de l'Orient et se trouva d'accord avec le tzar pour désirer leur union. L'Autriche et l'Angleterre virent dans cette politique une atteinte à l'intégrité de l'Empire ottoman. La Porte crut se tirer d'affaire en faisant élire par un corps électoral dérisoire des divans hostiles à l'unité. La France l'obligea à casser les élec-