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NAPOLÉON III ET LES NATIONALITÉS

lions. Elle obtint le consentement des Anglais à cette mesure en renonçant à demander un prince unique pour les deux principautés. Mais les Moldaves et les Valaques s'arrangèrent pour tourner la difficulté en portant à la fois leurs suffrages sur le nom du prince Alexandre Couza, et l'Europe se résigna à accepter le fait accompli (1859).

La cause de l'unité italienne éveillait par contre en Angleterre des sympathies très vives. Palmerston et Russell avaient, en i848, soutenu les libéraux italiens, mais ils s'inquiétaient de voir Napoléon III se préparer à intervenir en leur faveur, d'autant plus que la France trouvait dans ses projets italiens un nouveau motif d'entente avec la Russie.

Depuis la guerre de Crimée, Napoléon III était devenu de plus en plus hostile à l'Autriche. Il avait d'abord cru qu'elle joindrait ses troupes à celles des alliés, et en effet François-Joseph, oubliant l'appui que dans la crise de 48 le tzar lui avait prêté, « étonnant le monde par son ingratitude », avait, en i854, obligé les troupes russes à évacuer les principautés et s'était résolu à entrer en guerre. Il avait été arrêté par l'énergique protestation de la Prusse, fomentant la révolte de la Diète germanique pour empêcher l'Autriche de s'agrandir en Orient. C'est pourtant à l'Autriche plus qu'à la Prusse que Napoléon avait tenu grief de l'abstention allemande. Quand la Cour de Vienne avait ensuite essayé de rétablir la paix entre les belligérants, préparant avec lord Russell et notre ministre Drouyn de Lhuys une note en quatre points qui pouvait être acceptée par la Russie, Napoléon avait désavoué son ministre, l'avait remplacé par Wa- Lewski et s'était entendu avec Palmerston pour continuer la guerre. Il comptait ainsi gagner l'appui des Anglais à la politique des nationalités.

La Sardaigne avait au contraire, grâce à l'auda-

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cieuse initiative de Cavour, accepté de lier sa cause* à celle des alliés (traité de Turin, janvier i855), et envoyé ses troupes combattre en Crimée à leurs côtés. Aussi, malgré l'irritation de l'Autriche, Napoléon avait-il essayé d'intéresser le Congrès de Paris au sort de l'Italie. On verra comment, en i858, Cavour réussit à l'entraîner à la guerre, pour chasser les Autrichiens de la péninsule.

La guerre d'Italie allait mettre un terme à la collaboration franco-britannique sur le continent. Dès i858, un incident montra quels sentiments de défiance séparaient en réalité les deux pays. Dans l'émotion produite par l'attentat d'Orsini, Napoléon demanda avec vivacité que l'Angleterre prit des mesures pour frapper ses complices et prévenir les complots qui se nouaient à l'abri de l'hospitalité britannique. Palmerston consentit à présenter au Parlement un biÏÏ à cet effet. Mais l'excitation du public français, les adresses de sympathie envoyées à l'Empereur, qui dénonçaient l'Angleterre comme un « repaire de complots », froissèrent l'orgueil britannique, et le Parlement repoussa le bill, obligeant Palmerston à démissionner.

Un ministère conservateur (Derby-Disraeli) prit le pouvoir, sans réussir plus qu'en i85i à former une majorité, et, au bout d'un an, Palmerston put rentrer en scène. La guerre d'Italie avait éclaté dans l'intervalle, et l'Angleterre avait en vain tenté de la prévenir par la réunion d'un Congrès. De retour au pouvoir, Palmerston ne se montra pas hostile à la cause des Italiens, mais il n'admettait pas que la France tirât quelque profit de la crise. Quand, après le traité de Zurich (novembre 1809) on apprit que Napoléon III se faisait céder par la Sardaigne le comté de Nice et la Savoie (mars 1860), l'opinion anglaise s'indigna de la duplicité de la France, et demeura convaincue que la politique des nationalités servait en réalité les efforts

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