L'ANGLETERRE EN
ment », autre aspect de la « liberté anglaise », confiait «n réalité à l'aristocratie et à l'Eglise la direction des affaires locales. Il n'y avait de corporation élue et indépendante que dans les villes anciennes. Ailleurs, le conseil de paroisse (vestrey) était dirigé par le pasteur et le seigneur du lieu. Le travail administratif était accompli par des « juges de paix » que le gouvernement désignait parmi les notables du pays et qui se chargaient gratuitement de la police et de la répartition des impôts. Le gouvernement n'intervenait que par H' envoi de ses juges, qui venaient tenir leurs assises, entourés d'un jury composé de notables. La législation économique restait enfin adaptée aux intérêts des grands propriétaires qui n'admettaient pas qu'il fût porté atteinte au régime protectionniste. Quand le rétablissement de la paix leur fit craindre la reprise de la concurrence étrangère, ils obtinrent du Parlement le vote d'un nouveau tarif qui prohibait l'entrée des grains étrangers dès que leur prix «'abaissait au-dessous de 80 shillings par « quarter » (12 kilogs).
Pour imposer au peuple un tel sacrifice le gouvernement tory, que la guerre et la crainte des idées françaises avaient établi au pouvoir, bénéficiait du prestige de la victoire. Il venait de triompher à Waterloo, et lord Castlereagh, le membre le plus en vue du Cabinet que présidait lord Liverpool, venait de conclure une paix glorieuse aux côtés des souverains alliés.
Pourtant le ministère se montra très faible en présence des difficultés de l'après-guerre. Le pays traversait une série de crises économiques dont les fluctuations du prix du blé marquent l'amplitude. Malgré la fermeture des frontières une année de disette suivie d'une récolte plantureuse fit osciller le « quarter » de plus de 100 à moins de 4o shillings, et l'industrie,
d'autre part, ne trouvait pas au dehors les débouchés, qu'elle escomptait..
La classe ouvrière ,née des progrès de la grande industrie, était donc travaillée par un vif mécontentement, et le public entier se plaignait de ne pouvoir supporter le poids écrasant des impôts. Mais, si cette fermentation générale prit la forme d'une campagne politique, ce fut l'œuvre d'un petit nombre d'agitateurs, pour la plupart disciples de l'économiste Bentham, qu'on désigna par le nom de radicaux. Ils persuadèrent au public de demander d'abord une réforme électorale pour que le peuple eut un moyen légal de faire entendre sa voix. De 1817 à 1819, la propagande des « Hampden Clubs », le « Political Register » du journaliste Cobbet, et surtout une série de réunions publiques tumultueuses réclamèrent cette réforme indispensable.
En présence de cette agitation la « gentry » fut d'abord prise de panique. Sa crainte d'une révolution la décida à des mesures de rigueur. La troupe dispersa brutalement les manifestants assemblés dans les « Peter's fields » de Manchester, et He Parlement vota les <( six actes de 181 9 » qui soumettaient la presse et les meetings à de sévères restrictions.
Mais, le calme une fois revenu, le gouvernement se sentit discrédité par son succès. « Peterloo », disait-on, faisait oublier Waterloo; et, l'esprit de liberté renaissant, les Anglais s'étonnèrent de se voir associés en Europe à l'œuvre réactionnaire des souverains de la Sainte Alliance. C'est au milieu d'une grande impopularité que s'acheva la carrière de lord Castlereagh qui semblait s'être fait leur complice (1820).