‹ Histoire du monde (volume 3)Chapitre 4 sur 65 · CANNING · texte numérisé non relu

CANNING

iiing, allait donner à la politique britannique, lui permit d'acquérir un très grand prestige. Canning restait, cependant, opposé à tout essai de réforme électorale; mais il avait l'adresse de le faire oublier parce qu'en d'autres domaines, il donnait satisfaction aux aspirations libérales des Anglais.

Sous sa direction le Foreign Office rompit avec la politique d'intervention que Metternich en cette même année appliquait à l'Italie. Aux Conférences de Troppau (octobre 1820) puis de Laybach (janvier 182 1) le chancelier autrichien s'était fait attribuer le mandat de rétablir lVbsolutisme du roi de Naples que ses sujets avaient obligé à promulguer une constitution. Les souverains italiens effrayés se soumettaient à ses volontés et la révolte des patriotes piémontais était écrasée à Novare.

Castlereagh avait déjà refusé de soutenir les ambitions autrichiennes en Italie. Canning alla plus loin.

Le principe de non-intervention qu'il opposa à la Sainte Alliance avait le double avantage de flatter l'amour de la liberté et l 'amour-propre des Anglais, heureux de reconquérir leur indépendance. Il était aussi conforme à leurs intérêts commerciaux. Alors que l'Europe se fermait à leurs produits il devait ouvrir à leurs marchands de nouveaux débouchés.

Un soulèvement militaire en Espagne, qui avait contraint Ferdinand VII à remettre en vigueur la constitution libérale de 181 2, ouvrait en Europe une nouvelle perspective d'intervention. Au Congrès de .Vérone (octobre 1822) la France en réclama la charge. Allait-elle, par une expédition qu'on prévoyait difficile, rouvrir en Europe le cycle des guerres continentales, ou, réalisant l'ambitieux dessein de Louis XIV, ■soumettre la péninsule ibérique à son influence? Can- -ning s'y opposa résolument.

Il ne réussit pourtant pas à arrêter la France, dont le ministre Yillèle, pacifique, se laissa forcer la main par Chateaubriand, ministre des Affaires Etrangères. Pour « donner aux Bourbons une armée capable de défendre le trône et d'émanciper la France », pour leur permettre d'acquérir la gloire des armes qui manquait à leur prestige, les troupes de Louis XVIII franchirent les Pyrénées. Elles réussirent bien plus aisément que Canning ne l'avait prévu à rétablir l'autorité de Ferdinand VII, et les Cortès réfugiés à Cadix y capitulèrent après la prise du fort Trocadéro (septembre 1823). Mais Canning sut alors par un cour> d'audace réparer cet échec.

L'Angleterre était moins intéressée au sort de l'Espagne qu'à celui de ses colonies d'Amérique, Leur insurrection pendant les guerres du Premier Empire avait ouvert aux Anglais un immense marché nouveau, et ils ne pouvaient admettre que la Sainte Alliance aidât le roi d'Espagne à replacer ses colonies sous le joug. Canning tenta d'abord d'obtenir l'appui des Etats-Unis; mais ceux-ci, plutôt que de se lier à l'Angleterre préférèrent adresser à l'Europe entière un avertissement en formulant la célèbre doctrine de Monroe (voir infra). Alors Canning prit seul l'initiative de reconnaître l'indépendance des nouvelles républiques américaines (1825). Il complétait peu après son œuvre en décidant le roi du Portugal, don Pedro, à reconnaître celle <Ju Brésil : « J'ai appelé, déclarait-il, un Nouveau Monde à l'existence pour redresser l'équilibre de l'Ancien. »

A l'intérieur le ministère anglais commençait, en même temps, une politique de réformes libérales. A côté de Canning, le ministre du commerce Huskison s'attaquait aux premières enceintes de la forteresse protectionniste. L'ère de prospérité qui avait suivi les crises économiques mettait à sa disposition des excé-

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